ACTE II, SCÈNE III
JUSTINE
Bon ! demain vous serez las encore.
Mais de la sorte enfin si toujours vous errez,
Jamais en ce cas-là, vous ne vous marierez.
M. I) ’ORLANGE,
On ne voyage pas toujours.
JUSTINE
Oh ! non, sans doute.
Un beau jour, par hasard, on trouve sur sa route.,. Tel objet... qui vous plaît, qui sait vous engager;
Et l’on ne songe plus alors à voyager.
m. d’orlange.
Peut-être bien qu’un jour ce sera mon histoire. Cependant je serais parfois tenté de croire Que je ne suis point fait pour être marié.
MADEMOISELLE ü’ORFEUIL.
Pourquoi, monsieur?
m. d’orlange.
Je crains d’être contrarié Dans mes goûts: car je suis ennemi de la gêne;
Et l’hymen le plus doux est toujours une chaîne.
mademoiselle d’orfeuil.
Cette chaîne est légère, et n’a rien d’effrayant. m. d’orlange.
J’aime la liberté.
MADEMOISELLE ü’ORFEUIL.
Mais, en vous mariant,
Vous ne la perdrez point.
m. d’orlange.
Les femmes sont charmantes, Je le vois; mais souvent elles sont... exigeantes.
Elles veulent qu’on soit toujours à leurs côtés,
Qu’on prodigue les soins, les assiduités :
D’un tel effort je sens que je suis incapable ;
Et je pourrais, par jour, être souvent coupable.
mademoiselle d’orfeuil.
Il faudrait bien alors souvent vous pardonner. m. d’orlange.
Parfois, pendant un mois, je puis me promener.
LE B CHATEAUX EN ESPAGNE
MADEMOISELLE D’ORFEUIL.
Il faudrait bien encor pardonner cette absence :
Le devoir d’une femme est dans la complaisance.
Une fois prévenue...
m. d’orlange.
Oh ! je l’en préviendrais ;
Car, si j’étais au point d’épouser, je voudrais Connaître bien ma femme, être bien connu d’elle
JUSTINE
Oui-dà !
m. d’orlange.
Je lui dirais: « Tenez, mademoiselle... »
Mais quoi ! je vous ennuie ?
MADEMOISELLE ü’ORFEUIL.
Achevez, s’il vous plaît ; Je prends à vos discours le plus vif intérêt.
JUSTINE
(A part.)
Moi de même. Voyons où tout ceci nous mène. m. d’orlange.
« Je n’aimerai que vous, vous le croirez sans peine. (Dirais-je à ma future...)
Oh î oui, j’entends fort bien.
m. d’orlange.
« Mais je suis né galant ; tel même, j’en convien,
« Que l'on pourrait, parfois, me croire un peu volage. « Toute femme jolie a droit à mon hommage :
« Trop heureux de lui plaire en tous temps, en tous
[lieux.
« Or, même après l’hymen, j’aurai toujours des yeux ; « Et je croirai pouvoir, sans inspirer de doutes,
« Préférer une femme, et vouloir plaire à toutes. *
JUSTINE
C’est tout simple. .Sans doute aussi, de son côté, Monsieur lui laisserait la même liberté ;
Verrait avec plaisir, même après l’hyménée,
De mille adorateurs se femme environnée,
Sourire à l’un, flatter cet autre d’un coup d’œil,