‹ [Œuvres choisies]Chapitre 381 sur 558 · ACTE III, SCÈNE VI · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE VI

Et de nouveau peut-être il faudra voyager.

Sans vouloir pénétrer dans les choses futures,

Les voyages sur mer sont remplis d’aventures.

Arrivant par degrés à une espèce de rêverie et de vision.

Le vaisseau, sur lequel je m’étais embarqué,

Par un corsaire turc, en route, est attaqué...

Je défends, presque seul, mon timide équipage...

Mais enfin le grand nombre accable mon courage,

Et je me rends... Les Turcs, charmé de ma valeur.

Me proclament leur chef, à la place du leur Qu’avait tué mon bras. Le sort me favorise :

Je signale leur choix par mainte et mainte prise,

Et parviens, par degrés, à de très-haut emplois...

Le capitan-pacha, jaloux de mes exploits,

Me dénonce au visir; il prétend qu’on me chasse...

On le chasse lui-même, et je monte à sa place...

— « Pacha, dit le visir, les Russes sont là ; cours ;

« Et bats-les. » Je les bats ; puis je prends, en trois

[jours,

Ismailow, Okzakow, Grimée et Valachie...

Mon nom devient fameux par toute la Turquie...

Le sultan, qui dans moi voit son plus ferme appui,

Me fait son gendre : il meurt ; et je règne après lui,

(Au comble du délire.)

Me voilà donc le chef de la Sublime Porte !...

Mais ma religion, mais mon culte !... Qu’importe La mitre, le turban, tous les cultes divers ?

Mon dogme est d’adorer le dieu de l’univers.

Il est celui des Turcs ; et tous, à mon exemple,

Vont ne bénir qu’un Dieu, dont le monde est le temple. Ce n’est pas que je sois jaloux d’être empereur ;

Mais instruire un grand peuple et faire son bonheur, Voilà la gloire unique, oui...

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