‹ [Œuvres choisies]Chapitre 421 sur 558 · ACTE I, SCÈNE VI · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE VI

Hélas ! si vous saviez ce qu’il m’en a coûté,

Depuis dix ans entiers que j’habite ici !

(Se recueillant un moment, et regardant autour d’elle.) Charle,

11 faut à cœur ouvert enfin que je vous parle;

Car vous m’intéressez: vous êtes doux, prudent, Discret; et, comme on a besoin d’un confident Qui vous ouvre son cœur, et lise au fond du vôtre,

Et que vous n’êtes point un laquais comme un autre...

CHARLE

Non : j’espère qu’un jour vous le reconnaîtrez.

MADAME EVRARD

Ecoutez donc, mon cher ; et bientôt vous verrez Tout ce qu’il m’a fallu de courage et d’adresse Pour être en ce logis souveraine maîtresse.

Nous avons fait tous deux jouer plus de ressort.

Mon pauvre Evrard et moi!. ..(car il vivait alors ; Depuis bientôt deux ans, cher monsieur je suis veuve,

(Essuyant ses yeux. )

Et cfest avoir passé par une rude épreuve!...)

Nous avons de concert banni tous les voisins,

Les amis, les parents, jusqu’aux derniers cousins.

CHARLE

A la fin, vous voici maîtresse de la place.

MADAME EVRARD

Reste encore un neveu, mais un neveu tenace...

CHARLE

Monsieur, comme je vois, n’a point d'enfants?

MADAME EVRARD. AuCUn.

CHARLE

Il a donc des neveux, madame?

MADAME EVRARD

11 n’en a qu’un ;

Mais ce neveu tout seul me donne plus de peine !... G’est que je vois de loin où tout ceci nous mène.

S’il rentre, c’est à moi de sortir.

CHARLE

En effet.

MADAME EVRARD

Aussi, pour l’écarter, Dieu sait ce que j’ai fait!

LE VIEUX CÉLIBATAIRE

Mon intrigue et mes soins remontent jusqu’au père. Monsieur n’eut qu’un beau-frère: il l’aimait I...

GHARLE.

Comme un frère.

MADAME EVRARD

Les brouiller tout à fait eût été trop hardi ;

Mais pour le frère au moins, je l’ai bien refroidi.

GHARLE.

J’entends. madame évrard.

Contre un absent on a tant d’avantage !

Le sort à celui-ci ravit son héritage.

Je traitai ses revers d’inconduite : on me crut.

GHARLE.

Ah ! fort bien.

MADAME EVRARD

Jeune encor, grâce au ciel, il mourut.

C H AR LE , à part.

Hélas! MADAME EVRARD.

Qu’avez-vous !

CHARLE

Rien.

MADAME ÉVRARD

Laissant un fils unique,

Ce neveu que je crains...

CHARLE

Que vous ?... Terreur panique !

C’est à lui de vous craindre.

MADAME ÉVRARD

Oui, peut-être aujourd’hui :

Mais l’oncle alors, sans moi, l’eût rapproché de lui.

« Son entretien sera moins coûteux en province.

« Lui dis-je, chargez-m’en. » L’entretien fut très-mince, Comme vous pouvez croire. Il se découragea;

Il jeta les hauts cris, enfin il s’engagea.

C’est où je l’attendais. Je sus avec finesse Exagérer ce tort, ce vrai tour de jeunesse ;

Et monsieur l’excusait encore.

Il est si boa !

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