ACTE IV, SCÈNE XII
Mais, au moins, des rapports il faut se défier.
De ce pauvre neveu l’on vous peignait la femme Sous d’affreuses couleurs, et vous voyez madame !
M. DUBRIAGE.
Oui, parlons de la nièce, et laissons le neveu.
(Se reprenant.)
Mais j’ai fait devant Charte un indiscret aveu •
Du premier mouvement je n’ai pas été maître ;
Mon ami, gardez-vous de rien faire paraître.*.
CHAR LE
Ah ! monsieur... cependant il faudra tôt ou tard...
M. DUBRIAGE.
Il n’importe, mon cher ; avec madame Evrard J’ai des ménagements à garder; et vous, Laure, Rejoignez-la, sachez dissimuler encore.
LAURE
Oui, mon oncle.
M. DUBRIAGE.
Fort bien !
(Avec tendresse, après une petite pause.) D’un malheureux neveu,
Je vois, ma chère enfant, que vous me tiendrez lieu.
Cher oncle ! ce neveu que votre haine accable... Pardonnez... à vos yeux il est donc bien coupable?
M. DUBRIAGE.
S’il l’est, l’ingrat!... Tenez... de grâce... sur ce point Expliquons-nous d’avance, et ne nous trompons point. Une fois reconnue, et même avec tendresse,
Peut-être espérez-vous, par vos soins, votre adresse, Pour votre époux bientôt obtenir le pardon ;
.Vous vous trompez : je puis être juste, être bon Pour vous, aimable, douce, en un mot, innocente, Sans qu’à revoir Armand de mes jours je consente. Vous m’entendez, ma nièce : ainsi donc, voulez- vous Rester ici? jamais un mot de votre époux,
Pas un.
LAURE
J’obéirai, monsieur, quoi qu’il m’en coûte.
LE VIEUX CÉLIBATAIRE. 6
LE VIEUX CÉLIBATAIRE
M. D un ni AGE.
Il en coûte à mon cœur pour vous blesser, sans doute; Mais il le faut : je veux vivre et mourir en paix.
Me le promettez-vous ?
LAURE
Oui, je vous le promets,
Mon cher oncle.
M. DUBRIAGE,
Fort bien : mais descendez, vous dis-je.
LAURE
J’y vais.
M. DUBRIAGE, à part.
C’est à regret, hélas ! que je l’afflige .
(Haut.)
Suis-moi, Charle.
(il sort.)