ACTE I, SCÈNE II
MADEMOISELLE DOLBAN.
Il va donc nous donner, à tous, la comédie.
F LO R IME L.
Il nous a fait languir, au moins, pendant huit jours ! C'est cruel.
M. SAINT -F IR MIN
On lui garde, au fait, de si bons tours !
Il a tort de tarder !
EUSÉBIE
Dites-moi, je vous prie;
Je ne suis pas au fait de la plaisanterie;
Ce jeune voyageur, on veut donc, je le voi?...
FLORIMEL.
Oui, s’en moquer.
EUSÉBIE
Ah! ah! s’en moquer! et pourquoi?
MADEMOISELLE DOLBAN.
Mais... pour nous amuser.
EUSEBIE.
Quels motifs sont les vôtres?
Que vous a-t-il fait?
FLORIMEL.
Rien.
M. SAINT -FI RM IN
Non, pas plus que les autres.
MADAME DOLBAN.
Avec ses questions, elle sait me charmer.
Votre exemple etvos soins ne peuvent la former.
MADEMOISELLE DOLBAN.
Puis, les beaux sentiments... ils sont d’un ridicule !
FLORIMEL.
Çà, mon oncle, il est donc bien simple, bien crédule, Le cher Raimond?
M. SAINT-FIRMIN
S’il l est? en pouvez-vous douter Après tous les bons tours que j’ai su vous conter? C’est un être vraiment curieux à connaître,
Qui, trompé mille fois, est toujours prêt à l’être.
MALICE POUR MALICE
Mais vous en jugerez.
MADEMOISELLE DO LBA N.
Moi, je le sais parcœui.
FLORIMEL.
Je vais le balotter, ce cher petit monsieur...
M. SAINT-FIRMIN
Aussi, mes bons amis, vous connaisant avides De ces tours gais, malins, joyeusement perfides, J’ai, sachant qu’à Paris Raimond devait aller,
Voulu de son passage, au moins, vous régaler,
Que vous dirai-je, enfin? J’eus cette fantaisie.
MADAME DOLBAN.
C’est une attention dont je vous remercie.
FLORIMEL.
Et nous, donc?
MADEMOISELLE DOLBAN.
Oui, voici qui va nous réveiller.
FLORIMEL.
Nous n’avions, en effet, plus personne à railler.
EUSÉBIE
Ce plaisir-là finit par s’user, c’est dommage.
M. SAINT-FIRMIN
Vous aviez épuisé tout votre voisinage;
Et la disette, enfin, allait nous obliger A nous railler l’un l’autre : au moins, cet étrangci Va nous fournir, lui seul, des scènes assez drôles.
MADAME DOLBAN.
Mais, il peut arriver : répétons bien nos rôles.
FLORIMEL, mettant le doigt sur son front.
Nos rôles ? ils sont là.
MADEMOISELLE DOLBAN.
D’abord, moi, je serai
Soubrette, et je crois bien que je m’en tirerai.
FL ORIMEL.
Eh ! parbleu, j’en suis sûr; te voilà dans ta sphère : Raillerie et babil.
MADEMOISELLE DOLBAN.
Oui ! poli comme un frère.