ACTE III, SCÈNE V
RAIMOND
.Ton ami, monstre affreux ! toi, qui m’as tout ravi, j Bourreau de tous les miens !...
GÉLON
Fous fous trompez, sans toute.
Écoutez-moi, te grâce; il faut...
RAIMOND
Toi-même; écoute.
L’occasion ici s’offre, et je la saisis :
J'ai quatre pistolets; ils sont chargés : choisis.
Mais...
RAIMOND
Viens à trente pas : la nuit est belle et claire, Viens, donne-moi la mort, ou reçois ton salaire.
Hé bien?
GÉLON
Moi, te sang-froid chamais che n attaquai.
RAIMOND
Défends-toi.
GÉLON
L'on s'explique.
RAIMOND
Eh ! tout est expliqué :
N’es-tu pas, en deux mots, Passwan-Oglou ?
GÉLON
C’est un déguisement.
Non, certes :
RAIMOND
Ah ! tu te déconcertes.
Eh ! non, j’ai pris ma part d’un jeu fort innocent....
RAIMOND
Oui, tu veux, je le vois, déguiser ton accent,
Afin de te soustraire à ma juste querelle.
GÉLON
Je reviens, au contraire, à ma voix naturelle.
C’est un tour, je vous dis, qu’on voulait vous jouer, Cher Raimond; et moi-même, il le faut avouer...
MALICE POUR MALICE
RAIMOND
Barbare ! c’est en vain
GÉLON
Je ne suis point barbare ; Je suis un bon enfant, et je vous le déclare, Habitant d’un castel voisin, dans le vallon,
Ami de la famille : on m’appelle Gélon...
RAIMOND
Quoi ! tu ne serais point Passwan-Oglou ?
Si je ne suis Gélon !
Je meure,
RAIMOND
Eh bien ! à la bonne heure :
Tu n’es point ce cruel, je le crois donc ; mais vous, Monsieur, c’est une affaire à vider entre nous.
GÉLON
Quoi?
RAIMOND
Vous vous permettez de me jouer, de rire A mes dépens; ici, vous venez de le dire.
Cette plaisanterie est fort peu de saison.
Et sur l’heure, monsieur, j’en demande raison. gélon.
Plait-il? quoi! vous voulez, pour un enfantillage?..,
RAIMOND
Enfantillage ou non, laissons ce verbiage,
Et suivez-moi.
GÉLON, affectant de sourire.
Vraiment, monsieur Raimond...
RAIMOND, avec aplomb.
Monsieur!
Quand on fait, comme vous, métier d’être railleur,
Et pour Passwan-Oglou, surtout, quand on se donne, Il faudrait savoir mieux payer de sa personne.
(Lui offrant des pistolets.)
Mais n’importe, venez, de grâce, et finissons GÉLON.
Mais encore une fois...