LES CONSEILS DE FATIMA
(1" Journée.)
... Aurelio, résous-toi ! Tiens compte de ce que je te dis ; ne sois pas si attaché à ton opinion obstinée! Te voici sans liberté, dans les fers et dans les tourments; pauvre, nu, fatigué, misérable, sujet à mille infortunes : au bâton, aux soufflets, aux menottes, aux matamores, où tu restes dans une obscurité continuelle. On te promet la liberté; on t'enlèvera tes fers, et ensuite on te vêtira. Plus de sombre détresse à redouter : du coascoass ^ et du pain à manger, des poules en abondance, et même il y aura du vin de France, si
1. Sorte de pudding fait de farine et de blé, en honneur chez les Arabes.
tu veux boire du vin K On ne te demande pas l'impossible, ni des travaux excessifs, mais faciles, agréables et doux autant qu'il est possible. Profite de cette occasion qui se présente à toi; ne fais pas l'ignorant, puisque tu parais avoir du bon sens. Regarde ta maîtresse Zara, et tous ses mérites; vois comme la claire lumière de son visage obscurcit même le soleil. Contemple sa jeunesse, sa richesse, son nom et sa réputation. Réfléchis bien : à cette heure, le salut frappe à ta porte. Considère l'intérêt que tu as à faire cela ; et que mille hommes mettraient leur bouche où toi tu poseras les pieds.
[Aurelio résiste encore. Les Mauresques le menacent de leur vengeance. — Surviennent les captifs Saavedra^ et Leonardo qui conversent sur la grave question de la course des Maures. Saavedra médite d'en référer au roi Philippe.]