A SA MAJESTÉ L'EMPEREUR
Sire,
Voici le moyen de forcer les Anglais à reconnaître l'indépendance des pavillons :
Que Votre Majesté rende le Décret suivant :
L'Empereur décrète :
1° ïl sera accordé une récompense de vingt-cinq millions (1) à l'auteur du meilleur projet de réorganisation de la Société européenne.
2° Les mémoires de tous les Européens, de quelque
(1) L'espérance de gagner une somme aussi énorme n'est certainement pas nécessaire pour déterminer les savants capables de traiter celte question, à en clierclier la solution, mais il est nécessaire de frapper Tattention publique, de la fixer, de la diriger vers la recherche d'un moyen de conciliation générale; et la grande majorité des individus qui composent le public n'estime un travail qu'en proportion des bénéfices dont il offre la perspective.
nation qu'ils soient, et même ceux de tous les habitants du globe seront admis au concours.
3" Les mémoires seront remis avant le 1'''' décembre prochain.
¥ Il sera remis trois copies de chaque mémoire, savoir : une à Sa Majesté, une autre à l'Empereur d'Autriche, et la troisième au Prince Régent d'Angleterre.
5" Sa Majesté invitera l'Empereur d'Autriche et le Prince Régent d'Angleterre, à juger avec Elle lesdits mémoires, et Elle prononcera seule si ces deux souverains n'accueillent pas sa proposition.
6" Le nom de l'auteur qui aura remporté le prix sera proclamé le l*"" janvier 4815.
Sire, tous les mémoires s'accorderont sur ce point : que tous les peuples du Continent doivent réunir leurs efforts pour forcer les Anglais à reconnaître l'indépendance des pavillons ; mais ils s'accorderont encore plus positivement sur cet autre point : c'est que Votre Majesté doit renoncer au protectorat de la Confédération du Rhin ; qu'EUe doit évacuer l'Italie ; qu'Elle doit rendre la liberté à la Hollande ; qu'Elle doit cesser de s'ingérer dans les affaires d'Espagne; en un mot qu'Elle doit se renfermer dans ses limites naturelles.
Si Votre Majesté consent à renoncer à ses projets de conquêtes, Elle forcera les Anglais à rétablir la liberté des mers. Si Elle veut augmenter encore l'immense quantité de lauriers qu'Elle a recueillis. Elle fera
écraser la France et se trouvera eu définitive eu opposition directe et absolue avec les intentions de ses sujets.
Sire, ma conviction d'avoir réussi h me placer au point de vue d'intérêt commun de Votre Majesté et de ses sujets, est parvenue h ce degré où elle m'impose la loi de prendre la parole et de publier le résultat de mes réflexions.
Mes intentions sont pures : je désire bien sincèrement la gloire de Votre Majesté et le bonheur de mes compatriotes. Le caractère généreux que Votre Majesté a constamment déployé dans toutes les circonstances m'est un sûr garant de son indulgence pour les expressions hardies que le développement de mes idées pourra exiger.
Le moyen que je présente paraîtra au premier abord une rêverie philosophique, semblable au projet de paix perpétuelle de l'abbé de Saint-Pierre.
Je vais en peu de mots prouver à Votre Majesté que ce n'est point une chimère, mais bien une réalité que je propose pour but.
J'ai dégrossi la question pour prouver qu'on peut en donner la solution. Je prie Votre Majesté de daigner agréer la dédicace de ce travail.
J'ai donné à cette première ébauche de mon projet de la réorganisation de la Société européenne, le titre de :
ÏIUVAIL SLU LA GuAVlTATION UNIVERSELLE, parCC qUC C'eSt