‹ Œuvres choisies. Précédées d'un essai sur sa doctrine (volume 2)Chapitre 61 sur 131 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

Du présent de l'Espèce humaîne.

Nous présenterons d'abord des considérations générales dont voici l'aperçu.

L'espèce humaine a fini de monter la vie, elle n'a pas encore commencé à la descendre. Le moment présent est donc celui dans lequel , se trouvant stationnaire au sommet de son existence, elle réunit h leur plus haut degré les jouissances morales de tous les genres. Chez elle la faculté de raisonner est complètement développée et l'imagination n'est pas encore éteinte; si l'ancien monde lui présente le triste tableau de la vieillesse, le nouveau lui offre le riant spectacle d'une enfance qui approche de l'adolescence.

Entrant ensuite directement en matière, nous ferons voir que la théorie dont Socrate a commencé l'organi-

sation est devenue inutile, et môme à charge h la science, et, par conséquent, h l'espèce humaine, et nous démontrerons d'un autre côté que tous les matériaux nécessaires pour organiser un nouveau système scientifique (le système positif) sont rassemblés.

Après avoir ainsi bien précisé la situation morale dans laquelle se trouve en ce moment l'esprit humain, nous -quitterons la direction des observations qui est celle à posteriori, qui est celle passive, pour prendre la direction à priori, qui est celle active, celle dans laquelle l'homme produit.

Et nous dirons : Le travail d'une nouvelle organisation d'une nouvelle théorie de la science exige le concours des efforts de tous les savants , particulièrement de ceux adonnés h la culture de la philosophie (ou science générale).

Les philosophes européens étant aujourd'hui divisés en deux sectes , c'est une opération préliminaire indispensable de les rallier au même principe pour former un atelier scientifique capable d'exécuter l'immense travail de l'organisation d'une nouvelle théorie générale. Nous nous adresserons d'abord k la secte philosophique anglo-française, et nous lui démontrerons que, si d'une part elle a raison d'exclure de ses combinaisons l'idée d'une cause générale animée, d'une autre part elle a complètement tort en continuant de s'occuper exclusivement de la recherche de nouveaux faits sans travailler à coordonner d'une manière générale l'immense quantité de ceux qu'elle a réunis et constatés; en un mot, qu'il est temps pour elle de quitter la direction à posteriori pour prendre celle à;;n'o/7; nous nous adresserons ensuite à la secte allemande et nous lui dirons : vous

avez bien raison d'enseigner qu'il est grand temps pour l'esprit humain de se mettre à considérer les choses « priori ; vous avez bien raison de tonner dans vos chaires philosophiques contre la manie scientifique anglo-française de chasser continuellement, d'emplir le garde-manger de gibier et de ne jamais se mettre à table.

Vous avez bien raison de prêcher qu'il faut une théorie générale et que c'est seulement sous son rapport philosophique que la science est directement utile à la société ; et que les savants peuvent former la corporation politique générale qui est nécessaire pour lier entre elles les nations européennes et pour mettre un Ireiu à l'ambition des peuples et des rois; mais vous avez grand tort quand vous voulez donner pour base à votre philosophie l'idée d'une cause animée. Ce n'est plus l'idée Dieu qui doit lier les conceptions des savants, c'est l'idée de la gravitation considérée comme loi de Dieu (i), pour ne point entrer en opposition avec les idées superstitieuses de la classe pauvre qui, faute d'instruction ou de force d'intelligence, ne peut s'élever à la hauteur des grandes abstractions. A cette occasion, nous éclaircirons une question qui n'est encore qu'un véritable imbroglio; nous prouverons qu'on a jusqu'à présent appelé spiritualistes, ceux qu'on aurait dû appeler matérialistes, et matérialistes, ceux qu'on aurait dû appeler spiritualistes. En effet, corporifier une abstraction, n'est-ce pas être matérialiste?

(1) La fin de celte phrase ne se trouve point dans l'édition donnée par M. Enfantin.

Note des éditeurs.

De l'être Dieu extraire l'idée loi, n'est-ce pas être spiritual iste?

Nous terminerons cette première partie de notre troisième Mémoire, en disant qu'elle ne doit être considérée que comme une introduction à la seconde partie.

DEUXIEMIi: PARTIE DU TROISIEME MEMOIRE.

Notre objet, dans cette deuxième partie, sera d'esquisser une nouvelle théorie philosophique. Nous présenterons d'abord nos idées sur le système du monde, et ensuite celles sur la science de l'homme. Ainsi cette seconde partie se trouvera naturellement divisée en deux livres.

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