CLÉ
Mais malheureusement on dit que votre mère Par de mauvais conseils s'obstine à cette affaire : Elle a chez elle un homme, ami de ces gens-ci. Qui, dit-on, avec elle est assez bien aussi; Un Aris!e, un esprit d'assez grossière étoffe : C'est une espèce d'ours qui se croit philosoiilie. Le connoissez-vous?
\' A L fi n E .
Non, je ne l'ai jamais vu; Chez moi depuis six ans je ne suis pas venu ; Ma mère m'a mandé que c'est un homme sag;;, Fixé depuis longtemps dans notre voisinage; Que c'étoit son ami, son conseil aujourd'hui, Et qu'elle prétendoit me lier avec lui.
Je ne vous dirai pas tout ce qu'on en raconte; Il vous suffit qu'elle est aveugle sur son compte : Mais moi, qui vois pour vous les choses de sang-froid, Au fond je ne puis croire Ariste un homme droit : Géronte est son ami , cela depuis l'enf.mce.
A mes dépens peut-être ils sont d'intelligence?
(ILÉON.
Cela m'en a tout l'air.
J'aime mieux un procès:
J'ai des amis là-bas, je suis sûr du succès.
CLÉON
Quoique je sois ici l'ami de la famille.
i02 Llî MECHANT.
lo (lois VOUS parler franc ; à moins d'aimer leur fille, lo ne vois pas pourquoi vous vous empresseriez Pour pareille alliance. On dit que vous l'aimiez Ijnand vous étiez ici?
VA i.i;uE .
Mais assez, ce me semble; Nous étions élevés, accoutumés ensemble; le la trouvois gentille, elle me plaisoit fort: Riais Paris guérit tout, et les absents ont tort. On m'a mandé souvent qu'elle ctoit embellie; Comment la trouvez-vous?
C L lî 0 N .
Ni laide, ni jolie; C'est un de ces minois que l'on a vus partout, Et dont on ne dit rien.
J'en crois fort votre goût, c L li o N .
Quant à l'esprit, néant; il n'a pas pris la peine Jusqu'ici de paroltre, et je doute qu'il vienne; Ce qu'on voit à travers son petit air boudeur, C'est qu'elle sera fausse, et qu'elle a de l'humeur. On la croit une Agnès; mais comme elle a l'usage De sourire à des traits un peu forts pour son âge, Je la crois avancée; et, sans trop me vanter, Si je m'étois donné la peine de tenter... Kuûn, si je n'ai pas suivi cette conquête, La faute en est aux dieux j qui la firent 6i bète.
\' A L ii R K .
Assurément Cliloé scroit une beauté,
Que sur ce poilrait-Ui j'en scrois peu tenté.
ACTU U, SCENE Vil. 293
Allons, jo vais partir; cl comntcz que jVspcrc Dans doux heures d'ici désabuser ma mère : 'o laisse en bonnes maill^i...
Non; il vous fau( rester.
Mais comment voulez-vous ici me présenter?
CLÉOX.
Non pas dans le moment : dans une lieure.
A votre aise, c L i; o X .
Il faut que vous alliez retrouver votre cliaise : Dans l'instant que Géronte ici sera rentré (Car c'est lui qu'il nous faut) , je vous le manderai; Et vous arriverez par la roiUe ordinaire, Comme ayant prétendu nous surprendre et nous plaire.
Comment concilier cet air impatient,
Cette galanterie, avec mon compliment?
C'est se moquer de l'oncle, et c'est me contredire :
Toute mon ambassade est réduite à lui dire
Que je serai (soit dit dans le plus simple aveu)
Toujours son serviteur, et jamais son neveu.
CL r:oN.
Et voilà justement ce qu'il ne faut pas faire : Ce ton d'autorité choqueroit votre mère ; Il faut dans vos propos paroître consentir, Et tâcher, d'autre part, de ne point réussir. Écoutez : conservons toutes les vraisemblances; On ne doit se lâcher sur les impertinences
291 LR MKCIIANT.
Oiio selon Ip hofoin, selon l'esprit des gens;
[1 faut, pour les mener, les prendre dans lenr sens
L'important est d'abord que l'oncle vous déteste;
Si vous y parvenez, je vous réponds du reste.
Or, notre oncle est un sot, qui croit avoir reçu
Toute sa part d'esprit en bon sens prétendu ;
De tout usage antique amateur idolâtre,
De toutes nouveautés frondeur opiniâtre,
Homme d'un autre siècle, et ne suivant en tout
Pour ton qu'un vieux honneur, pour loi que le vieux goût;
Cerveau des plus bornés, qui, tenant pour maxime
Qu'un seigneur de paroisse est un ôtre sublime,
Vous entretient sans cesse avec stupidité
De son banc, de ses soins, et de sa dignité ;
On n'imagine pas combien il se respecte;
Tvie de son château, dont il est l'architecte,
D.? tout ce qu'il a fait sottement entôté ,
Possédé du démon de la propriété,
Il réî,'lera pour vous son jtenchant ou sa haine
Sur l'air dont vous pi-endiez tout son petit domaine.
D'abord, en arrivant, il faut vous préparer
Aie suivre partout, tout voir, tout admirer,
Son parc, son potager, ses bois, son avenue;
Il ne vous fera pas grâce d'une laitue.
Vous, au lieu d'approuver, trouvant tout fort commun,
Vous ne lui paroîtrez qu'un fat très-importun.
Un petit raisonneur, ignorant, indocile;
Peut-être ira-t-il môme à vous croire imbécile.
VA i.i; Il !■: .
Oh! vous êtes charmant... Mais n'aurois-je point tort? J'ai do la répugnance à le choquer si fort.
AC lE II, SCÈNE VII. «95
C L li 0 N .
Eh bien!... niarioz-vous,.. Ce que je viens de dire N'étoit que pour forcer Géronte à se dédire, Comme vous désiriez : moi, je n'exige rien; Tout ce que vous ferez sera toujours très-bien; Ne consultez que vous.
VAL È n E .
Écoutez-moi, de grâce; Je cherche à m éclairer.
CLÉON
Mais tout vous embarrasse, Et vous ne savez point prendre votre parti. '
Je n'approuverois pas ce début étourdi Si vous aviez affaire à quelqu'un d'estimable Dont la vue exigeât un maintien raisonnable; Mais avec un vieux fou dont on peut se moquer, J'avois imaginé qu'on pouvoit tout risquer, Et que, pour vos projets, il falloit sans scrupule Traiter légèrement un vieillard ridicule
VALKRi:.
Soit. Il a la fureur de me croire à son gré; Mais, liez-\ouâ à moi, je l'en détachei-ai.
LK ii i;uilAN T.