‹ Œuvres choisies. Précédées d'une appréciation littéraireChapitre 7 sur 242 · GRESSET. XI · texte numérisé non relu

GRESSET. XI

Concitoj-en du peuple Gnome, Des Sylphides et des FuIIets.

Passons-lui la très-mauvaise rime de somme et Gnome : il est ridicule de mettre avec les Sylphes qui habitent l'air, les Gnomes qui habitent sous t(3rre : c'est pécher contre toutes les règles de la cabale. Il ne l'est pas moins d'appeler Caucase un galetas de collése au cinquième étage :

De ce Caucase inlialîitable Je me fuis l'Olympe des dieux.

Mais si quelque chose doit obtenir grâce, c'est une mauvaise dénomination de ce galetas, parmi vingt autres, toutes très-gaiement originales. Je laisse aussi de côté quelques autres taches légères et clairsemées, parmi une foule de traits charmants qui prouvent l'étonnante fécondité d'expression qui caractérise Gresset. J'aime mieux citer encore, pour finir, cette intéressante allégorie de la vie humaine, qui respire, comme le reste de la pièce, une philosophie douce et aimable.

Cn promenant vos rêveries Dans le silence des prairies.

Vous vo5'ez un faible rameau Qui, par les jeux du vague Éole, Détaché de quelque abrisseau.

Quitte sa tige, tombe et vole Sur la surface d"uu ruisseau.

Xll GRESSET.

Lîi, p:ir une iii\ incihlc ]ioiiIl;, Forcé d"orrei' et de changur, 11 flotte au gré de l'onde errante, Et d'un mouvement étranger.

Souvent il paraît, il surnage; Souvent il est au fond des ç-à'W.

Il rencontre sur son passage Tous les jours des pays nouveaux } Tantôt un fertile rivage Bordé de coteaux fortunés; Tantôt une rive sauvage, Et des déserts abandonnés.

Parmi ces erreurs continues, Il fuit, il vogue jusqu'au jour Qui l'ensevelit h son tour Au sein de ces mers inconnues.

Où tout s'abîme sans retour.

Le Lutrin vivant et le Carême impromptusont doux bagatelles, mais toujours distinguées par le talent de narrer et d'écrire. Parmi ses autres poésies, il n'y a plus que VÉpîlre à ma Sœur qui soit digne de lui. VÉpîlre à ma muse est d'une extrême inégalité, et généralement médiocre de pensées et de style, La traduction des Églogues de Virgile n'est proprement que l'étude d'un commençant qui annonçait de la facilité et de l'oreille. C'est une paraphrase souvent négligée et languissante, où. l'on rencontre quelques vers bien faits, ceux-ci entre autres :

Ab ! ne comptez point tant sur vos belles couleurs; Un jour les peut flétrir : un jour flétrit les fleurs.

GRESSHT. XIll

Ses odes ne méritent pas qu'on en fasse mention, et le Discours sur l'harmonie est une très-mauvaise déclaniation d'écolier, qu'on est bien étonné do trouver dans les œuvres de Gresset; ce qui pourtant ne justifie nullement le sarcasme très-déplacé de Voltaire :

Gresset, doué du double privilège D'être au collège un bel csjirit mondain. Et dans le monde un homme de collège.

Le Méchant, qui est bien un ouvrage du monde , ne sent pas trop l'homme de collège; et Gresset était alors répandu depuis longtemps dans la bonne compagnie de la cour; ce qui ne veut pas dire qu'il n'y en eût pas aussi une très-bonne même au collège; et d'ailleurs, les jésuites passaient pour n'être que trop Jiojnmes du monde. On aperçoit cette prétention dans Bouhours : on ne la voit point dans l'auteur de Verl-Verl. 11 vivait dans une société si renommée par les agréments de l'esprit, celle qu'on appelait la Sociélé du cabinet vert ( chez madame de Forcalquier), qu'on a prétendu qu'il en avait emprunté les traits les plus saillants de son Méchant; ce qui, même étant prouvé, ne prouverait rien contre l'auteur, car un poëte comique a droit de prendre partout.

Mais Gresset méconnut entièrement le caractère de son talent et la mesure de ses forces, quand ses

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