ACTE I, SCENE 1 il
A ne pas nous connaître.
MONDOR
Illuminations, bal, concert?
LISETTE
Tout cela.
MONDOR
Un beau feu d'artifice?
LISETTE
Il est vrai.
MONDOR
M'y voilà.
Damis doit être ici ; chaque mot me le prouve. Quand le diable en serait, il faut que je l'y trouve.
LISETTE
Sa mine? Ses habits? Son état? Sa façon?
MONDOR
Oh ! c'est ce qui n'est pas facile à peindre, non. Car, selon la pensée où son esprit se plonge, Sa face, à chaque instant, s'élargit ou s'allonge. Il se néglige trop, ou se pare à l'excès. D'état, il n'en a point, ni n'en aura jamais. C'est un homme isolé qui vit en volontaire; Qui n'est bourgeois, abbé, robin, ni militaire ; Qui va, vient, veille, sue, et, se tourmentant bien, Travaille nuit et jour, et jamais ne fait rien; Au surplus, rassemblant dans sa seule personne, Plusieurs originaux qu'au théâtre on nous donne :
Misanthrope, Étourdi, Complaisant, Glorieux, Distrait... ce dernier-ci le désigne le mieux; Et tiens, s'il est ici, je gage mes oreilles Qu'il est dans ç^iielque allée à bayer aux corneilles, S'approchant, pas à pas, d'un haha qui l'attend, Et qu'il n'apercevra qu'en s'y précipitant.
LISETTE
Je m'oriente. On a l'homme que tu souhaites. N'est-ce pas de ces gens que l'on nomme poètes?
MONDOR
Oui.
LISETTE
Nous en avons un.
MONDOR
C'est lui.
LISETTE
Peut-être bien.
MONDOR
Quoi doncT
LISETTE
Le personnage en tout ressemble au tien . Sinon que ce n'est pas Damis que l'on le nomme.
MONDOR
Contente-moi, n'importe, et montre-moi cet homme.
Cherche! il est à rêver là-bas dans ces bosquets. Mais va-s-y seul : on vient, et je crains les caquets.