ACTE II, SCÈNE IV
sens de nature pour en approcher. Le courant l'entraînait à fïauche : le maudit vent qu'il faisait te faisait voler à droite; l'instinct me tirait vers le tonneau. Je voyais l'instant où tu *îallais souiller du meurtre de ton cher époux : tu m'étranglais. Pour t' épargner ce paçrici^e, j'ai tiré des ciseaux de ma poche, et, crac, je me suis mis à l'aise, en te recommandant aux dieux. J'ai agrippé le tonneau, l'ai enjambé; et^ ne te voyant pas tomber, je m'étais flatté jusqu'ici, t'ayant laissée p^us près du ciel que de la terre, que tu aurais pris le plus court chemin, en achevant la montée, au lieu de tenter la descente. Tu as pensé autrement; tu ne m'as pas voulu quitter, que tu ne me susses noyé. Grâce au ciel, nous ne le sommes ni l'un ni l'autre : nous voici encore ensemble, et je n'ai été veuf qu'une heure ou deux. Mais, dis-moi, par quelle diable de voiture as-tu pu débarquer du haut des airs ici -bas ?
PYRRHA désigne encore ici, plus fort que la première fois, qu'elle oe saurait parlor.
Ce n'est, ma foi, pas pour rire : voilà une femme devenue absolument muette. Cela lui vient de la peur. Parbleu, la Peur, convenons-en, est une divinité bien puissante. J'ai lu, dans une vieille histoire, qu'elle délia la langue à un enfant de trois mois, qui voyait qu'on allait tuer son père : le prodige était grand, puisqu'il frappa les assassins et les désarma. En voici bien un autre ! Arrêter la langue dlune femme, et d'une femme comme la mienne, cela passe le prodige. U
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faut le voir pour le croire. Il se faut résigner à tout; et même tout prendre, tant qu'on peut, du bon côté ! Eh bien î j'avais le bonheur d'être veuf; je ne le suis plus : patience! Elle est muette; du moins, il n'y a que demi-mal. (a pyrrha.) Apprends-nous au moins par quelque signe comment, après t'avoir laissée au haut des nues, je te retrouve ici, sans que tu te sois cassé bras ni jambes.
PYRRH A fait les démonstrations qu'elle imagine, faisant claquer sa langue contre le palais, et remuant ses bras comme deux ailes, pour faire enlendie qu'elle est venue , montée sur le cheval Pégase.
ARLEQUIN
J'y suis. Je t'entends. Tenez, ce sera ce maudit Pégase qu'elle aura trouvé en l'air sous sa main, au moment précis où je trancliaisje fil de ses joujis, (a paît.) Ce cheval-là est né pour se charger de bien mauvaises marchandises. (Haut.) Je te félicite d'une si belle rencontre; et où est-il? Ne pourraistu pas me montrer où tu l'as laissé?
PYRRH A lui montre l'endroit où il a disparu, en la posant à terre. Il y court; et Pyrrha, restée seule, fait un monologue-pantomime qui tend à exprimer sa joie et son étonnement.
ARLEQUIN rentre, monté sur Pégase, qui a des oreilles d'âne «t des ailes de dindon. U. est caparaçonné d'affiches des pièces nouvelles jouées cette ani:ée. Ilomulas est sur le poitrail, et la MorI d'Annibali au cul; le cavalier, dans son style polisson, plaisante sur cette Mori au cul. Puis, repie-
nant son slyle de théâtre : -
Enfin, le voilà donc, ce cheval admirable, Si fameux, si vanté dans l'iiistoire et la fable !
1. Annibal, tragédie de Marivaux , non pas de l'année, mais de 1720, et la sPDtième ou hiiilième +-ragédie i' Annibal connue.