ACTE III, SCÈNE VI
ententire ce qu'on leur dit : que sais-je même; s'ils ne parleront pas partout ailleurs qu'ici, où la parole n'est permise apparemment qu'à des génies supérieurs comme le mien? Avant qu'ils en sortent, donnons-leur du moins quelques leçons.
(Au laboureur.)
Tu es mon aîné, toi, et le premier de tous ces drôles-là, comme le plus nécessaire à leur vie. Laboure; en profitant de ta peine, ils te mépriseront : moque-toi d'eux : sue, vis, vis en paix : vis et meurs dans l'innocence. Tu auras toujours cette innocence et cette tranquillité plus qu'eux. Peste, comme je moralise! Ma foi! il n'y a que d'avoir de la famille, qu'elle vienne d'oii l'on voudra , pour rendre sérieux.
(A rartisan.)
Serviteur à monsieur l'artisan ! Marche après ton aîné, toi, comme le siècle d'argent suivit le siècle d'or. 11 sera nécessaire : tu ne seras qu'utile. Vivant dans les villes, tu serasplus près de la corruption : ne t'y laisse pas aller : travaille en conscience, et vends de même ; tu seras heureux.
(A l'homme d'épée, qui tranche du cjpitan, en lui jetant bas, d'un reve« de tr.air^ son chapeau à plumet, qu'il a insolemment sur la tôte.)
Chapeau bas, devant ton père, quand tes deux aînés sont dans leur devoir. Ne croit-il pas avoir été formé d'une pierre plus précieuse que les autres! Mon gentilh(fnme, un peu de modestie! Tout ton talent sera de savoir tuer, pour tuer
ceux qm voudront tuer tes frères, et les troubler dans Icura respectables professions.
(Au rob n.)
Le vilain garçon! Celui-là me déplaît. Il a, dans sa physi(>nomie, je ne sais quoi de malin, de flasque et de suffisant qui dégoûte et qui révolte. Mon drôle, songe à ce que tu seras. Mets bas cette physionomie et ce vilain masque. Parais sage, humble et tranquille, comme un garçon de boutique qui tient la balance de Thémis pour vendre sa marchandise au poids de son sanctuaire. Je te vois là des yeux fripons, un nez tourné à la friandise et des mains crochues, bien à cr;)indre poiA. ceux qui auront recours à toi, contre des riches et des belles... Je voudrais, quand j'ai jeté la maudite pierre dont il est formé, l'avoir poussée à cent lieues en mer; ou bien avoir eu la crampe.
(Au cinquièuie garçon, qui a uae large calotte sur la tête, une perruque à la
cavalière en bourse, une longue barbe de capucin, un petit coUet, un habit
de couleur, une épée au .:ôté, un paquet de plumes à la main, un bas blanc,
û bas noir, une cuioLte rouge d'un côté, noire de l'autre, etc., etc., etc.)
Quelle étrange espèce est celle-ci? Je remarque même qu'il n'y a que quatre femelles, et que celui-là n'a pas son vis-à-vis. Ah! j'y suis! Il n'en a que faire pour se multiplier. La race n'en sera que trop nombreuse, sans que le mariage s'en mêle. Ainsi que Prométhée, mon grand-père, ils se perpétueront sans avoir jamais chez eux de femme en couche. J'ai connu de ces gens là à milliers avant le déluge. I-«s uns