SCENE PREMIÈRE
AT E , «eule.
Je ne me connais plus : qui suis-je, et quel rôle jouonsnous donc à présent sur terre? Ne suis-je plus la terrible Até? Ne suis-je plus la divinité puissante et funeste à qui le sort a commis le soin de faire ici-bas des malheureux ? Quoi I je verrai tous mes efforts tourner à l'avantage de ceux que je crois en accabler! Je vois un banquier accrédité, je le veux ruiner, je lui fais faire banqueroute; et cela fait sa fortune ! il devient secrétaire du roi! Je le croyais pilorié; je le trouve anobli! Je vois une pauvre fille, un peu jolie, et qui pourrait trouver un parti honnête et sortable, ?.\ elle était sage : je lui fais franchir impudemment les bornes de la galanterie; et, quand, avec raison, je me l'imagine à la Salpêtrière, je suis tout étonnée de la rencontrer dans un beau carrosse, quelquefois même avec le carreau de velours sur l'impériale ! Je me flatte de mettre le poignard dans le sein d'un homme , en li-
vrant sa femme à des galants; je choisis les plus indiscrets : son aventure éclate ; on le montre au doigt ; il le voit, il en rit. Et cela s'appelle encore un galant homme ! il a les honnêtes gens pour lui! J'enrage! oh! bien, la journée ne se passera pas que je n'aie fait du mal , qui soit bien du mal ! Qu'entends-je en cette maison? C'est un bruit de réjouissance, occasionné par quelque mariage ou quelque naissance. Troublons la fête! et sachons... Ah! c*est quelque naissance; j'aperçois Lucine qui tire de ce côté-là. Je n'en suis point connue ; abordons-la et faisons-la parler.