SCÈNE IV
LA MORALE
Quel frère? Je n'en ai point; je suis fille unique.
LUCINE
Ah! sœur dénaturée ! Quoi ! madame, l'Ennui n'est pas votre >ère, et votre frère jumeau? Vous pourrez le désavouer?
LA MORALE
Non : c'est un enfant supposé, qui, à la faveur de quelque" cerveaux démontés, s'est impatronisé, malgré nous, dans là famille.
LUCINE
Mais, enfin, il vous suit partout: vous gâtez, moyennant cela, toutes les fêtes où vous vous trouvez. Allez voir comme vous faites déserter, depuis quelque temps, tous les spectateurs.
LA MORALE
N'aurais-je pas nui encore aux Amusements de l'Automne *î C'est moi qui aurais mené l'Ennui au Temple de Gnide? Parlez !
LUCINE
Oh! pour au Temple de Gnide, non; l'Ennui n'y est pas entré de compagnie avec la Morale; les oreilles chastes témoigneront pour vous là-dessus; mais, en récompense, vous
i. Les Amusements de rAutomnc, par Fuzelier, représentés au Théâtre- Français le 17 octobre 1725 : c'était ane pièce à intermèdes, une sorte de divertissement, composé de deux comédies en un acte , en prose, avec un prologue à chacune, et dont la première avait pour titre le Temple d'Èphèse; l'autre, le Temple de Gnide. [Le Temple de Gnide de^tontesquieu est dtf b même année, mais ce n'est pas à celui-là gue Piron fait allusion.)
lui donnâtes une belle place au Temple d'Éphèse; dites que vous n'étiez pas tous deux dans l'œuvre !
LA MORALE
Très malgré moi; c'est aussi pour me débarrasser de lui que je viens...
LUCINE
Et moi, pour me débarrasser de vous, je m'en vais.
Je vous suivrai; car j'ai dans l'esprit que Momus,les Ris et les Jeux sont où vous allez. Vos jours de travail sont des jours de fête pour une maison. Où allez-vous? dites-le moi.
LUCINE
Où je vais? Songez- vous bien à qui vous faites cette question-là?
LA MORALE
A Lucine, à la déesse qui préside aux accouchements.
LUCINE
Eh bien ! vous qui fréquentez les théâtres, vous avez été à V Indiscret * ?
LA MORALE
Oui; mon prétendu frère et moi, nous assistâmes t toutes tes représentations. Pourquoi?
LUCINE
T^-est que vo-'js avez dû apprendre là, que la première vertu, :'est de savoir sectaire : à quoi j'ajoute que c'est la première
U Comédie de Voltaire, en nn acte, en yera, repréient^» pour la preraièM fddsH mois d'août nw,