LE COMTE DE VENGE
Sur une estampe de Cléopdtrt dont il m avait fait présent.
Enfant de Minerve et de Mars *,
Comte, qui suivez à la piste
Les Mécènes et les Césars,
Aimable amateur des beaux-arts.
Généreux ami de l'artiste.
Quand vous vîtes mon cabinet
Si rangé, si riant, si net.
Un seul point vous fit quelque peine ;
1. t Le ministre mit c Néant * à ma requête, en ajoutant avec bonté qu'il Toulait ménager ma vue. •
2. Le comte de Vencc, maréchal de camp des années daroi, était membre honoraire de l'Académie de peinture. II moarut en 1790.
Ce fut, dans l'obligeant désir Où vous étiez de l'embellir, De voir toute l'enceinte pleine D'estampes et de porcelaine, Haut, bas, milieu, coins et recoins, Au point de ne pas trouver place A la belle estampe sous glace Qu'aux autres, toutefois, je joins.
L'espace croît dans les besoins :
J'en ai trouvé pour Cléopâtre ; Vos yeux en seront les témoins.
Elle fait ma gloire et mes soins.
Et vraiment j'en suis idolâtre.
J'en ai vu plus d'une, au théâtre *, Qui parlait et qui touchait moins.
Oh! qu'il y faisait bien ses foins.
Le trop heureux messire Antoine, Quand il fourrageait tant d'appas !
Le saint de son nom, qui fut moine.
Pour moins eût mis le froc à bas; Et, malgré le jeûne et la haire, La chasteté du solitaire Aurait, à coup sûr, fait le saut
1. Mlle Clairon, que Piron n'aime pas, sans doute parce qu'elle était l'amie de Voltaire, jouait alors une tragédie de Cléopâtre, parMarmontel (mai 1750).
ËPITRES M9
Que tous les diables de Callot
N'ont jamais pu lui faire faire. ;
A MONSIEUR