‹ Œuvres choisies. Précédées d'une notice biographiqueChapitre 182 sur 213 · LE COMTE DE LA M · texte numérisé non relu

LE COMTE DE LA M

Qui , en partant pour ses terres du Mans , m'en ayait promia des perdrix qu'il ne m'envoyait pas.

Ami, je sors de table et du sein des délices. Ce qui fut doux à faire est doux à raconter :

Laisse-moi donc me contenter.

Les dieux, en ce repas, à tous mes vœux propices, M'ont procuré des biens capables de tenter

Les plus délicats Sybarites.

Puissent tous les plaisirs, que là-bas tu médites. Ressembler à celui que je viens de goûter!

De l'Ordre, ainsi que du Caprice,

Et surtout de la Propreté,

Trois enfants de la Volupté,

Le couvert était l'édifice.

De deux perdrix du Mans d'un excellent fumet. Une couple admirable a décoré la fête : Cornus sur la cuisson avait eu l'œil au guet; Bacchus avait préparé le buffet;

Et Cupidon, le tête-à-tête.

Tel qu'on voit le soleil, dans les jours les plus beaux. Du plus haut de sa carrière, Sur la surface des eaux.

Lancer, doubler sa lumière :

Tels, autour des flacons remplis d'un jus divin.

Les flambeaux d'une nuit si belle

Lançaient une clarté rebelle.

Qui semblait disputer au vin Cet éclat ravissant dont un verre étincelle. Dans le brillant cristal de ce verre enchanté. Je m'enivrais d'un vin plus doux que l'ambroisie.

Et m'enivrais à la santé

D'une jeune et tendre beauté.

Qu'aussi bien que mon vin, les dieux avaient choisie. Jusqu'où d'un fol amour ne va pas le transport!

J'ai, sur le rond d'un rouge bord.

Forcé ma belle amante à pencher son visage ; Tandis que, l'œil fixé sur ce joli tableau. Je buvais lentement avec un chalumeau, Pour abreuver ainsi mon cœur de son image. Gens sages, s'il en est, donnez-moi mon congé ; Aux Petites-Maisons, marquez ma résidence; Chassez-moi d'entre vous : je signe ma sentence; Mais gardez-vous d'aimer : je serais bien vengé!

J'aurais pourtant de l'indulgence.

Je frondais comme vous : Amour m'a corrigé.

Mon bonheur a fini par le bonheur suprême,

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Bonheur qui n'est connu que du parfait amant.

Qu'on se peigne un objet simple, neuf et charmant, Que nous adorons, qui nous aime :

D'abord d'une rigueur extrême, Humanisé de moment en moment.

Rendu capable enfin d'un tendre emportement.

Qui tombe dans nos bras, et presque de lui-même.

Tel vient d'être mon sort. 0 moments fortunés, Et trop tôt disparus, restez dans ma mémoire !

Mais j'entends mes sens étonnés Qui se plaignent qu'ici je leur en fais accroire. « Où prends-tu, disent-ils, une si belle. histoire.

Ce repas entre deux amants, Ce vin tel que les dieux seraient heureux d'en boire,

Ces cristaux, ces perdrix du Mans, Cette image abreuvante et dont tu te fais gloire ? Où l'eus-tu, cette gloire? et nous, tant de bonheur? « Où ce fut? Le dirai -je? Au pays des chimères, Au pays des amis fidèles et sincères, Où l'on voit des Manceaux de parole et d'honneur

Aux espaces imaginaires.

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