ACTE III, SCÈNE V
Cependant soyez gai. Débutez seulement.
Et vous serez bientôt de notre sentiment.
De vos talents à peine aurons-nous les prémices,
Que nous voulons vous voir un pilier de coulisses ;
Et, quoi que vous disiez, vers un plaisir si doux.
De la force du charme, entraîné comme nous.
J'ai vu ce charme, en France, opérer des miracles;
Nos palais devenir des salles de spectacles;
Et nos marquis, chaussant à l'envi l'escarpin.
Représenter Hector, Sganarelle et Crispin.
BALIVEAU
Je ne le cache pas. Malgré ma répugnance, One chose me fait quelque plaisir d'avance. C'est le parfait rapport qui, par un cas plaisant, Se trouve entre mon rôle et mon état présent. Je représente un père austère et sans faiblesse, Qui d'un fils libertin gourmande la jeunesse... Le vieillard, à mon gré, parle comme un Caton, Et je me réjouis de lui donner le ton.
FRANCALEU.
Celui qui fait le fils s'y prend le mieux du monde. Car nous ne jouons bien qu'autant qu'on nous seconde. Tout dépend de l'acteur mis vis-à-vis de nous. Si celui-ci venait répéter avec vous ?
BALIVEAU
Je voudrais que ce fût déjà fait.
FRANCALEU, appelant ses valets.
Holà! hée!
Que l'on aille chercher Monsieur de l'Empyrée.
(a Baliveau.)
Tenez, voilà par où le jeune homme entrera. Vous pouvez commencer sitôt qu'il paraîtra. Faites comme l'on fait aux choses un prévues. Soyez comme quelqu'un qui tomberait des nues; Car c'est l'esprit du rôle, et vous vous souvenez Que vous vous trouvez, vous et ce fils, nez ànez, L'instant précis qu'il sort, ou d'une Académie, Ou de quelque autre lieu que vous voulez qu'il fuie; Et qu'à cette rencontre, un silence fâcheux Exprime une surprise égale entre vous deux. C'est un coup de théâtre admirable, et j'espère...