LE COMTE DE MAUREPAS
NINISTRIÎ ET SECRÉTAIRE d'ÉTAT*
Noble modèle du vrai sage, Philosophe au-dessus du sort, Aussi tranquille en plein orage Qu'un autre le serait au port.
L'escarhoucle miraculeuse Tient d'elle seule sa clarté :
Et n'en est que plus lumineuse , Pour être dans l'obscurité.
Telle votre vertu suprême Luit , quelque part que vous soyez ; Vous y suffisez à vous-même , Ainsi qu'à tout vous suffisez.
Que ne puis-je dans cette Épître, Sans vous causer le moindre ennui , En vous annonçant dès le titre , M'honorer d'un si bel appui ?
Mais vous ne voulez pas qu'on sache Que c'est le nom de M***, . Qui dans les étoiles se cache ; Hé bien, ne l'en tirons donc pas.
1. Le comte de Maurepas, fils d'un secrétaire d'Élat, et ministre lui-même presque au sortir de l'eufance, petit-fils de l'illustre chancelier de Pontcliartrain, exerça de hauts emplois ministériels et tint plusieurs portefeuilles pendant la première moitié du règne de Louis XV. Il s'était fait fort aimer et goûter des savants et des gens de lettres. Disgr^ciô en pleine maturité et retiré à son château de Pontchartrain, il supporta ce coup en philosophe et en homme d'esprit. Montesquieu ne se lassait pas d'admirer sa sérénité et a belle humeur. Il s'amusa à recueillir quantité de chansons satiriques et de noëls qui sa chantaient à la Cour, et il y mettait peut-être la main. On a ce recueil tenu par lui fort en ordre en plusieurs volumes déposés à la Bibliothèque Impériale, où ils sont souvent consultés. Redevenu ministre sous Louis XVI et après une interruption de tant d'années, M. do Maurepas ne parut nullement rouillé. On l'a, nous le savoai| fort accusé de frivolité, et les historiens ne se sont pas fait faute de se copier sur ce thème. De bons juges peu indulgents, tels que le roi de Prusse, Frédéric, lui ont rendu plus de justice au moins pour la politique extérieure, et lui ont reconnu une sorte de grandeur dans les Tnet.