‹ Œuvres choisies, pub. avec une notice biographiqueChapitre 106 sur 274 · DE L'IMMORTALITÉ DES POETES · texte numérisé non relu

DE L'IMMORTALITÉ DES POETES

AU SEIGNEUR BOUJU

Sus, Muse, il faut que l'on s'esveille,

Je veux sonner un chant divin.

Ouvre doncques ta docte oreille,

Bouju, l'honneur Angevin, Pour escouter ce que ma lyre accorde Sus sa plus haute et mieux parlante corde

Cestuy quiert par divers dangers L'honneur du fer victorieux :

Cestuy-là par flots eslrangers Le soin de l'or laborieux ;

1 . Jacques Bouju , angevin , dont beaucoup sont restées iné 1515-1578, auteur de poésies dites. — Cette ode est imitée grecques, latines, françaises, d'Horace, Odes, II, xx.

L'un aux clameurs du palais s'esiudie.

L'autre le vent de la faveur mendie :

Mais moy que les Grâces chérissent,

Je hay les biens que l'on adore,

Je hay les honneurs qui périssent,

Et le soin qui les cœurs dévore :

Rien ne me plait, fors ce qui peut déplaire Au jugement du rude populaire.

Les lauriers pris des fronts sçavans

M'ont jà fait compagnon des dieux :

Les lascifs satyres suyvans

Les nymphes des rustiques lieux Mo font aimer, loing des cognus rivages, La saincte horreur de leurs antres sauvages.

Par le ciel errer je m'attens

D'une aile encor non usitée.

Et ne sera gueres long temps

La terre par moy habitée.

Plus grand qu'envie, à ces superbes villes Je laisseray leurs tempestes civiles.

Je voleray depuis l'Aurore

Jusqu'à la grand'mère des eaux,

Et de l'Oui^s à l'espaule more,

Le plus blanc de tous les oiseaux. Je ne craindray, sortant de ce beau jour, L'espesse nuict du ténébreux séjour.

De mourir ne suis en esmoy

Selon la loy du sort humain.

Car la meilleure part de moy

Ne craint point la fatale main :

Craigne la mort, la fortune et l'envie, A qui les dieux n'ont donné qu'une vie.

Arrière tout funèbre chant, Arrière tout marbre et peinture, Mes cendres ne vont point cerchant Les vains honneurs de sepultui'e, Pour n'estre errant cent ans à l'eiiviron Des tristes bords de l'avare Acheron.

Mon nom du vil peuple incognu

?«*ira sous terre inhonoré;

Les Sœurs du mont deux fois cornu

M'ont de sepulchre décoré Qui ne craint point les Aquilons puissans, ^e * le long cours des siècles renaissans.

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