‹ Œuvres choisies, pub. avec une notice biographiqueChapitre 148 sur 274 · Cette pièce traduite du la- de I. Quintii du Tronssay · texte numérisé non relu

Cette pièce traduite du la- de I. Quintii du Tronssay

lin d'Adrien Tumèbe, le maître 2. Circoncis (L., hist., et. du

d'Henri Etienne, parut en 1559, xii* siècle; Joinvll le),

à Toitiers, sous le pseudonyme 5. En mauvais état *. R.

Tu sçais faire des vers, mais tu n'as le sçayoir De pouvoir par ton chant les hommes décevoir. Car le dieu Apollon avec le dieu Mercure S'assemhle, ou autrement de ses vers on n*a cure. Mercure par finesse et par enchantement Dedans les cœurs humains glisse secrettement : 11 glisse dans les cœurs, il trompe la personne, Et d*un parler flatteur les amcs empoisonne ; Avec tel truchement peut le dieu delien (Possible) quelque chose, autrement ne peut rien.

Celuy qui de Mercure a la science apprise, En cygne d'Apollon bien souvent se déguise :

Encore que le bray < d'un asne, ou la chanson D'une importune rane ' ait beaucoup plus doux son.

Veux-tu que je te monstre un gentil artifice Pour te faire valoir ? pousse-toy par service : Par art mercurien trompe les plus rusez, Et pren à tels appas les hommes abusez.

Tu feras ton profit, et bravement en poinct.

De froid, comme lu fais, tu ne trembleras point.

Premier ^, comme un marchand, qui par le navigage S'en va cercher bien loin quelque estrange rivage, A fin de trafiquer et argent amasser, Tu dois voir l'Italie et les Alpes passer : Car c'est de là que vient la fine marchandise Qu'en béant ^ on admire, et que si haut on prise. Si le rusé marchand est menteur asseuré.

Et s'il sçait pallier d'un fard bien coloré Mille bourdes qu'il a en France rapportées.

Assez pour en charger quatre grandes chartécs : S'il sçait, parlant de Rome, un chacun estonner. Si du nom de Pavie il fait tout resonner.

Si des Vénitiens, que la mer environne, Si des champs de la Pouille il discourt et raisonne,

i. Braiinent(L.,hist.,elétyra.). ù. D'abord*. B. B. 2. Raine, grenouille, rana (L., A. Part. prés, de béer, bay^, rem. de Marot). inhiam*. R.

VERS TRADUITS. iC5

Si vanteur il sçait bien son art authoriser, Louer les estrangers, les François mespriser, Si des lettres l'honneur à luy seul il reserve. Et dédaigne en ci'achant la Françoise Minerve * :

11 te faut dextrement ces ruses imiter ; Le sçavoir sans cela ne te peut profiler.

Si le sçavoir te faut, et tu entens ces ruses, Tu jouiras vainqueur de la palme des Muses ; Ne pense toutefois, pour un peu t'estranger * De ces bavardes Sœurs, que tu sois en danger De perdre tant soit peu : tu n'y auras dommage. Car aux Muses souvent profite un long voyage. Tu en rapporteras d'un grand clerc le renom, Et de sage et sçavant mériteras le nom :

Mais si tu veux ici te morfondre à l'estude, Chacun t'estimera fol, ignorant et rude.

Doncques en Italie il te convient cercher La source cabaline et le double rocher, Et l'arbre qui le front des poètes honore.

Mais retien ce précepte en ta mémoire encore : C'est que tu pourras bien François partir d'ici, Mais tu retourneras ' Italien aussi De gestes et d'habits, de port et de langage : Bref d'un Italien tu auras le pelage, A fin qu'entre les tiens admirable lu sois.

Ce sont les vrais appas pour prendre nos François. Lors ta Muse sera de cestuy-là prisée, Auquel auparavant tu servois de risée.

11 sera bon aussi de te faire ad vouer De quelque cardinal, ou te faire louer Par quelque homme sçavant, à fin que tes louanges Volent par ce moyen par les bouches estranges*. Mais il faut que le livre, où ton nom sera mis, Tu donnes ça et là à tes doctes amis.

1. Passage que M. Ed. Foiir- 2. T'éloigner*. B. nier croit dirigé contre Ch. Fon- 5. Reviendras*, taine. 4. Étrangères*. R.

Ainsi l'exempteras du rude populaire, Ainsi ton nom partout illustre poun*as fuire. Car c'est un jeu certain et quiconque l'a sçcii, Jamais à ce jeu-là ne s'est trouvé deçeu.

Sur tout courtise ceux auxquels la court venteuse Donne d'homipe sçavant la louange menteuse :

Qui au bout d'une table au disner des seigneurs Desplient tout cela, dont furent enseignours *, les Grecs et les Latins : qui de faulses merveilles Emplissent, ignorans, les plus grandes oreilli's : Et abusent celuy qui par nom de sçavant Désire, ambitieux, se pousser en avant.

Ces gentils reciteurs» te loueront à la table, Non conune au temps passé, aux horloges de sable : Ils ne dédaigneront avec toy pratiquer.

Et avecques tes vers les leurs communiquer, Puis que tu as le goust et l'air de l'Italie. Mais rend leur la pareille, et fay que tu n'oublie De les contre-louer : aussi, quant à ce poinct. Le lesmoing mutuel ne se reproche point :

D'en user autrement, ce seroit conscience.

Sur tout je te conseille apprendre la science De te faire cognoistre aux dames de la court. Qui ont bruit de sçavoir, c'est le chemin plus court ' Car si tu es un coup aux dames aggréable.

Tu seras tout soudain aux plus grands admirable. Par art il te convient à ce poinct parvenir.

Par art semblablement t'y faut entretenir.

Il le faut quelquefois, soit en vers, soit en prost», Escrire finement quelque petite chose Qui sente son Virgile et Ciceron aussi.

Car si tu as des mots tant seulement souci, Tu seras bien grossier et lom*daut, ce me semble, Si par art tu ne peux en accoupler ensemble

1. Mot qui n'est pas tout à fait 2. Récitateur (L.). perdu (L., ox. de VoUairo). ô. Comp. pour le superl.

Quelque peu : car ici par un petit chef-d'œurre Assez d'un courtisan le sçavoir se descœuvi'c *.

Je ne veux toutefois qu'on le fasse imprimer : Car ce qui est conunun se fait desestimer, Et la perfection de l'art est de ne faire, Ains • monstrer dédaigner ce que fait le vulgaire. Mesme ce qui sera des autres imprime, A fin que tu en sois plus sçavant estimé.

Il te le faut blasmer ; mais il te faut eslire Des loueurs à propos pour tes ouvrages lire ; Et n'en faut pas beaucoup. Avec telles faveurs Recite hardiment aux dames et seigneurs :

Tu seras sçavant homme, et les grands personnages . Te feront des presens, et seras à leurs gages. Mais si tu veux au jour quelque chose éventer, 11 faut premièrement la fortune tenter.

Sans y mettre ton nom, de peur du vitupère^ Qu'un enfant abortif porte au nom de son père : Car en celant ton nom^ d'un chacun tu peux bien Sonder le jugement, sans qu'il te couste rien; D'autant que tels escrits vaguent sans cognoissance, Ainsi qu'enfans trouvez, publiques de naissance, Mais ne faut pas aussi, si tu les vois louer, . Maistre, père et authem*, pour tiens les advouer.

Le plus seur toutefois seroit en tout se taire : Et c'est un beau mestier, et fort facile à faire. Le faisant dextrement. Fay courir qu'entrepris Tu as quelque poëme et œuvre de hault pris ; Tout soudain tu seras ndonstré parmy la ville. Et seras estimé de la tourbe civile.

Un vieux inizé de court nagucres se vantoit Que de la république un discours il traitoit i Soudain il eut le bruit* d'avoir épuisé Rome Et le sçavoir de Grèce, et qu'un si sçavant honmie

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