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A MONSIEUR D'AVANSON, CONSEILLER DU ROY

Si je n'ay plus la faveur de la Muse, Et si mes vers se trouvent imparfaits, Le lieu, le temps, Taage où je les ay faits, Et mes ennuis leur serviront d'excuse.

J'eslois à Rome au milieu de la guerre, Sortant desja de Taage plus dispos, A mes travaux cerchant quelque repos.

Non pour louange ou pour faveur acqucrre '.

Ainsi voit-on celui qui sur la plaine Picque le bœuf, ou travaille au ramparl.

Se resjouir et d'un vers fait sans art S'esvertuer au travail de sa peine.

Celuy aussi qui dessus la galère Fait escumer les flots à l'environ.

Ses tristes chants accorde à l'aviron.

Pour esprouver la rame plus légère.

On dit qu'Achille, en remaschant^ son ire.

De tels plaisirs souloit s'entretenir,

1. Publiés pour la première â. Infin. ancien, acquérir*. B. fois en 1558. 3. Repassant en sa mémoire*.

LES KëGHKTS. 201

Pom* addoucir le triste souvenir

De sa maistresse aux fredons de sa lyre.

Ainsi flattoit le regret de la sienne, Perdue, helas ! pour la seconde fois, Cil * qui jadis aux rochers et aux bois Faisoit ouyr sa harpe thi^acienne.

La Muse ainsi me fait sur ce rivage, Où je languis banni de ma maison, Passer l'ennuy de la triste saison, Seule compaigne à mon si long voyage.

La Muse seule, au milieu des alarmes, Est asseurée et ne pallist de peur : La Muse seule au milieu du labeur Flatte la peine et desseiche les larmes*.

D'elle je tiens le repos et la vie.

D'elle j'apprens à n'eslre ambitieux, D'elle je tiens les saincts presens des dieux. Et le mespris de fortune et d'envie.

Aussi sçait-elle, ayant dès mon enfance Tousjours guidé le cours de mon plaisir, Oue le devoir, non l'avare désir.

Si longuement me tient loin de la France. . . j 1 *2

Celuy qui a de l'amoureux breuvage Gousté, mal sain, le poison doux amer, Cognoit son mal et, contraint de l'aymer.

Suit le lien qui le tient en servage.

Pour ce me plaist la douce poésie.

Et le doux traict par qui je fus blessé :

Dès le berceau la Muse m'a laissé Cest aiguillon dedans la fantasie.

Je suis content qu'on appelle folie De nos esprits la saincte déité, *

Mais ce n'est pas sans quelque utilité Que telle en*eur si doucement nous lie.

Elle esblouit les yeux de la pensée

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