DES MAUVAIS TRADUCTEURS, ET DE NE TRADUIRE LES POETES
Mais que diray-je d'aucuns, vrayement mieux dignes d'estre appeliez traditeurs ' que traducteurs ? veu qu'ils trahissent ceux qu'ils entreprennent exposer, les frustrans de leur gloire, et par mesme moyen séduisent les lecteurs ignorans, leur monstrant le blanc pour le noir : qui, pour acquérir le nom de sçavans, traduisent à crédit * les langues, dont jamais ils n'ont entendu les premiers eleniens, comme l'hebi-aïque et la grecque : et encore pour ' mieux se faire valoir, se prennent aux poètes, genre d'auteurs certes auquel si je sçavois, ou vouloy' traduire, je m'adresseroy' aussi peu, à cause de ceste divinité d'invention, qu'ils ont plus que les autres, de ceste grandeur de stile, magnificence de mots, gravité de sentences, audace et variété de figures, et miUe autres lumières de poésie : brief ceste énergie, et ne sçay quel esprit, qui est en
i. Bien que*. Voy. Malherbe, tesdeM. H.-L.
p. 248. 3. Traîtres, traditori en ital.