Honorer} voy, Baîf, p. 376i
Seroit-ce point d'amour cesle alléchante amorce, Ou quelque autre venin, dont après avoir beu, Nous sentons nos esprits nous laisser peu à peu Comme un corps qui se perd sous une neuve escorce ?
J'ay voulu mille fois de ce lieu m*estranger, Mais je sens mes cheveux en feuilles se changer, Mes bras en longs rameaux et mes pieds en racine ;
Bref, je ne suis plus rien qu'un vieil tronc animé, Qui se plaint de se voir à ce bord transformé Comme le myrte anglois au rivage d'Alcine
Ne pense pas, Bouju, que les nymphes latines. Pour couvrir lem* raison d'une humble privante. Ni pour masquer leur teint d'une fausse beauté. Me facent oublier nos nymphes angevines.
L'angevine douceur, les paroles divines, L'habit qui ne tient rien de l'impudicité, La grâce, la jeunesse et la simpHcité Me desgoustent, Bouju, de ces vieilles Alcines.
Qui les voit par dehors ne peut rien voir plus beau î Mais le dedans ressemble au dedans d'un tombeau. Et si ' rien entre nous moins honneste se nonune.
quelle gourmandise ! 6 quelle pauvreté !
quelle horreur de voir leur immondicité !
C'est vraiment de les voir le salut d'un jeune homme.
Hcureux celuy qui peut long temps suivre la guerre, Sans mort ou sans blessiure ou sans longue prison ! Heureux qui longuement vit hors de sa maison, Sans despeudre * son bien ou sans vendre sa ten^e !