‹ Œuvres choisies, pub. avec une notice biographiqueChapitre 26 sur 274 · Vieillisse*. R. 4. Ccrde , universalité (L · texte numérisé non relu

Vieillisse*. R. 4. Ccrde , universalité (L

3. Cf. dans L'Olive^ le sonuet : Rond. 2, hisl., ex. de Pasquier)»

Lie : c'est que l'industrie des fidèles traducteurs est en ' cest endroit fort utile et nécessaire : et ne les doit retarder, s'ils rencontrent quelquefois des mots qui ne peuvent ' estre reçeus en la famille françoise, veuque les Latins ne se sont point efforcez de traduire tous les vocables grecs, comme rhetorique,jnusique^ arithmétique, géométrie, philosophie, et quasi tous les noms des sciences, les noms des figures, des herbes, des maladies, la sphère et ses parties, et généralement la plus grand'part des termes usitez aux sciences naturelles et mathématiques. Ces mots là doncques seront en nostre langue comme estrangers en une cité : auxquels toutefois les périphrases serviront de truchemens. Encores seray-je bien d'opinion que le sçavant translateur fist plus tost l'office de paraphraste que de traducteur, s'efforçant donner à toutes les sciences qu'il voudra traicter l'ornement et lumière de sa langue, comme Ciceron se vante d'avoir fait en la philosophie, et à l'exemple des Italiens qui l'ont quasi toute convertie en leur vulgaire, principalement la platonique. Et si on veut dire que la philosophie est un fais d'autres espaules que de celles de nostre langue, j'ay dit au commencement de , cest œuvre, et le dy encore, que toutes langues sont d'une \ mesme valeur, et destnortels à une mesme fin d'un mesme jugement formées. Parquoy ainsi comme sans muer de coustumes ou de nations, le François et l'Alemant, non seulement le Grec ou Romain, se peut donnera philosopher : aussi je croy qu'à un chacun sa langue puisse competemment communiquer toute doctrine. Donccpies si la philosophie, semée par Aristote et Platon au fcriile champ attique, estoit replantée en nostre plaine françoise, ce ne seroit la jetler entre les ronces et espines, où elle devint stérile : mais ce seroit la faire de lointaine prochaine, et d'estrangere citadine de nostre republioue. Et par adventure ainsi que les espiceries et autres richesses orientales, que l'Inde nous envoyé, sont mieux cogneues et traictces de nous, et en plus grand pris, qu'en l'endroit de ceux qui les sèment ou recueillent : semblablement les specu-

lations philosophiques deviendraient plus familières qu'elles ne sont ores * , et plus facilement seraient entendues de nous, si quelque sçavant homme les avait transportées de grec et latin en nostre vulgaire, que de ceux qui les voçit (s'il faut ainsi parler) cueillir aux lieux où elles croissent. Et si on veut dire que diverses langues sont aptes à signifier diverses conceptions : aucunes les conceptions des doctes , autres celles des indoctes : et que la grecque principalement convient si bien avecque les doctrines, que pour les exprimer il semble qu'elle ait esté formée de la mesme nature, non de l'humaine providence; je dy qu'icelle nature, qui en toulaage, en toute province, en toute habitude est tousjours une mesme chose, ainsi comme volontiers elle exerce son art par tout le monde, non moms en la terre qu'au ciel, et pour estre ententive * à la production des créatures raisonnables, n'oublie pourtant les irraisonnables, mais avecques un égal artifice engendre cestes-cy et celles-là : aussi est-elle digne d'estre cogneue et louée de toutes personnes, et en toutes langues. Les oiseaux, les poissons, et les bestes terrestres de quelconque manière, ores' avecques un son, ores avecques l'autre, sans distinction de paroles , signifient leurs affections : beaucoup plus tost nous honmies devrions faire le semblable, chacun avecques sa langue, sans avoir recours aux autres. Les escrilures et langages ont esté trouvés non pour la conservation de nature, laquelle (comme divine qu'elle est) n'a mestier de nostre aide, mais seulement à nostre bien et utilité : à fin que presens, absens, vifs et morts, manifestans l'un à l'autre le secret de nos cœurs, plus facilement parvenions à nostre propre félicité, qui gist en rintelligenc^ des sciences, non point au son des paroles : et par conséquent celles * langues et celles escritures devroyent plus estre en usage, lesquelles on apprendroil plus facilement. Las ^ et combien serait meilleur qu'il

1. Présentement, maintenant* 3. Tantôt... tantôt*. (L.; Burg., II, p. 311). 4. Ces*.

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