Cicéron, Èpist, H, xr. Noies de M. M. L
d'artifice. Qu*on ne m'allègue point aussi que les poètes naissent, car cela s'entend de ceste ardeur et allégresse d'esprit qui naturellement excite les poètes, et sans laquelle toute doctrine leur seroit manque * et inutile. Certainement ce seroit chose trop facile, et pourtant contemptible *, se faire éternel par renonunée, si la félicité de nature, donnée mesmes aux plus indoctes, estoit suffisante pour faire chose digne de l'immortalité. Qui veut voler par les mains et houches des hommes, doit longuement demeurer* en sa chambre : et qui désire vivre en la mémoire de la postérité, doit, conune mort en soy-mesh mes, suer et trembler maintefois, et, autant que nos poètes courtisans boivent, mangent et dorment à leur aise, endurer de feim, de soif et de longues vigiles*. Ce sont les ailes dont les escrits des hommes volent au ciel. Mais à fin que je retourne au commencement de ce propos, regarde nostre imitateur premièrement ceux qu'il voudra imiter, et ce qu'en eux il pourra, et qui se doit imiter, pour ne faire comme ceux, qui voulant apparoistre semblables à quelque grand seigneur, imiteront plus tost un petit geste et façon de faire vicieuse de luy, que ses vertus et bonnes grâces. Avant toutes choses, faut qu'il y ait ce jugement de cognoistre ses forces, et tenter combien ses espaules peuvent porter * : qu'il sonde diligemment son naturel, et se compose à l'imitation de celuy dont il se sentira approcher de plus près, autrement son imitation ressembleroit celle du singe.