Discours, concione$ (N. ; Roqucf
blera à quelqu'aulre, que youlant bailler les moyens d'enrichir nostre langue, je face le contraire, d'autant que je retarde plus tost, et refroidis l'estude de ceux qui esloyenl bien affectionnez à leur vulgaire, que je ne les incite, pource que, débilitez par desespoir, ne voudront point essayer ce à quoy ne s'attendront de pouvoir parvenir. Mais c'est chose convenable que toutes choses soient expérimentées de tous ceux qui désirent atteindre à quelque haut poinct d'excellence et gloire non vulgaire. Que si quelqu'un n'a du tout ceste grande vigueur d'esprit, ceste parfaite intelligence des disciplines, et toutes ces autres conunodites que j'ay nommées, tienne pourtant le cours tel qu'il pourra. Car c'est chose honneste à celuy qui aspire au premier rang demeurer au second, voire au troisième. Non Homère seul entre les Grecs, non Virgile enti*e les Latins, ont acquis los et réputation. Mais telle a esté la louange de beaucoup d'autres, chacun en son genre, que pour admirer les choses hautes, on ne laissoit pourtant de louer les inférieures *. Certainement si nous avions des Mécènes et des Augustes, les cieux et la nature ne sont point si ennemis de nostre siècle, que n'eussions encore des Virgiles *. L'honneur nourrit les arts, nous sommes tous par la gloire enflanamez à l'estude des sciences, et ne s'eslevent jamais les choses qu'on voit estre desprisées <le tous. Les rois et les princes devroyent (ce me semble) avoir mémoire de ce grand empereur, qui vouloit plus tost la vénérable puissance des loix estre rompue, que les œuvres de Virgile, condamnées au feu par le testament de l'auteur, fussent brûlées '. Que diray-je de cest autre grand monarque, qui desirait plus le renaistre d'Homère que le gain d'une grosse bataille*? et quelquefois estant près du tombeau d'AchiUe, s'escria hautement <^ : ô bien heureux
i. Voy. Gicéron, de Orat, I. serve par le biographe de Virgile.
Notes de H. M. -L. 4. Alexandre. Cf. Plutarque,
S MarliaU VIII, lti. Notes de Sur les progrès dans la vertu,
U. M.-L. ' XLV. Notes de M. M. L.