‹ Œuvres choisies, pub. avec une notice biographiqueChapitre 65 sur 274 · Douceur, lat., iemperies, ment*. B · texte numérisé non relu

Douceur, lat., iemperies, ment*. B

ital., tempene (Rabelais). 4. Finalement (L., étym.).

humaine, en sont bien élongnées '. Je suis content que ces félicités nous soient communes avecques autres nations, principalement l'Italie : mais quant à la pieté, religion, intégrité de mœm's, magnanimité de courages, et toutes ces vertus rares et antiques (qui est la vraye et solide louange) la France a toujours obtenu, sans controverse, le premier lieu. Pourquoy doncques sommes-nous si grands admirateurs d'autniy? pourquoy sonunesHious tant iniques à nous-mesmes? pourquoy mendions-nous les langues estrangeres comme si nous avions honte d'user de la nosti'e? Caton l'aisné (je dy celuy Caton dont la grave sentence a esté tant de fois approuvée du sénat et peuple romain) dit à Posthumie Albin, s'excusant de ce que luy, homme romain, avoit escrit une histoire en gi*ec : Il est vray qu'il eust fallu pardonner, si par le décret des Amphictyoniens tu eusses esté contraint d'escrire en grec *. Se mocquant de l'ambitieuse curiosité de celuy qui aimoit mieux escrire en une langue estrangere qu'en la sienne, Horace dit, (jae Romule en songe l'admonesta, lorsqu'il faisoit des vers grecs, de ne porter du bois en la forest ' : ce que font ordinairement ceux qui escrivent en grec et en latin. Et quand la gloire seule, non l'amour de la vertu, nous devroit induire aux actes vertueux, si* ne voy-je pourtant qu'elle soit moindre à celuy qui est excellent en son vulgaii^e, qu'à celuy qui n'escrit qu'en grec ou en latin. Yray est que le nom de celuy-cy (pour autant que ces deux langues sont plus fameuses) s'estend en plus de lieux : mais bien souvent, comme la fumée, qui sort grosse au commencement, peu à peu s'évanouit parmy le grand espace de l'air, il se perd, ou pomr estre opprimé de l'infinie multitude des autres plus renommez, il demeure quasi en silence et

1. Virgile, Géorg., II, 150. Cf. 3. Horace, Sat^ I, x, 31. Notes A. Chénier, Hymne à la France, de M. M.-L.

éd. 1872, p. 139. 4. Copule affirmative, stc, après

2. Plutarque , Apophth. des laquelle rinversion du sujet est Rom.t II. Notes de M. M.-L. de règle.

obscurité. Mais la gloire de celuy4à, d'autant qu'elle se contient en ses limites, et n'est divisée en tant de lieux que l'autre, est de plus longue dui'ée, comme ayant son siège et demeure certaine. Quand Ciceron et Virgile se mirent à escrire en latin, l'éloquence et la poësie estoient encore en enfance entre les Romains, et au plus haut de leur excellence entre les Grecs. Si doncques ceux que j'ay nommez, dédaignant leur langue, eussent escrit en grec, est-il croyable qu'ils eussent égalé Homère et Demosthenes? Pour le moins n'eussent-ils esté entre les Grecs ce qu'ils sont entre les Latins. Pétrarque semblablement, et Boccace, combien qu'ils ^ aient beaucoup escrit en latin, si es1>-ce^ que cela n'eust esté su£Qsant pour leur donner ce grand honneur qu'ils ont acquis, s'ils n'eussent escrit en leur langue. Ce que bien cognoissant maints bons esprits de nostre temps, combien qu'ils eussent jà ' acquis un bruit ^ non vulgaire entre les Latins, se sont néantmoins convertis à leiu* langue maternelle, mesmes italiens, qui ont beaucoup plus grande raison d'adorer la langue latine que nous n'avons. Je me contenteray de nommer ce docte cardinal Pierre Bembe, duquel je doute si oncques homme imita plus curieusement Ciceron, si ce n'est par adventure un Christofle Longueil. Toutefois parce qu'il a escrit en italien, tant en vers comme en prose, il a illustré et sa langue et son nom, ti*op plus' qu'ils n'estoient auparavant. Quelqu'un (peut estre) desja persuadé par les raisons que j'ay alléguées, se convertiroit volontiers à son vulgaire, s'il avoit quelques exemples domestiques. Et je dy, que d'autant s'y doit-il plus tost metti'e, pour occuper le premier ce à quoy les autres ont failly. Les larges campaignes grecques et latines sont déjà si pleines, que bien peu reste d'espace vuyde. Jà beaucoup d'une course légère ont atteint le but tant désiré. Long temps y a que le pris est gaigné. Mais, ô bon Dieu,

i. Bien qu'ils*. B. Cf. Mal- 3. Déjà*. R.

herbe, p. 248. 4. Renom (L.).

«. Voy. p. 61, note 4. 5. Beaucoup plus*.

combien de mer nous reste encore avant que soyons paiv venus au port ! combien le termew de nostre course est encore loin ! Toutefois je te veut bien advertir que tous , les sçavans hommes de France n'ont point mesprisé leur ' vulgaire. Celuy qui fait renaistre Aristophane et feint si bien le nez de Lucian, en porte bon tesmoignage. A ma volonté que beaucoup, en divers genres d'escrire, voulussent faire le semblable, non point s'amuser à desrobber Fescorce de celuy dont je parle, pour en couvrir le bois tout vermoulu de je ne sçay quelles lourderies, si mal plaisantes, qu'il ne faudroit autre recepte pom* faire passer l'envie de rire à Democrite. Je ne craindray point d'alléguer encore, pour tous les autres, ces deux lumières françoises, Guillaume Budé et Lazare de Baïf, dont le premier a escrit, non moins amplement que doctement, Vlnstitu^ tion du Prince, œuvre certes assez recommandé par le seul nom de l'ouvrier : l'autre n'a pas seulement irâdmiV Electre de Sophocle* quasi vers pour vers, chose laborieuse, comme entendent ceux qui ont essayé le semblable, mais d'avantage a donné à nostre langue le nom à'epigrammes et à'elegies^ avec ce beau mot composé aigredouXj à fin qu'on n'attribue l'honneur de ces choses à quelqu'autre : et de ce que je dy, m'a asseuré un gentil homme mien amy, homme certes non moins digne de foy que de singulière érudition et jugement non vulgaire. Il me semble (lecteur amy des Muses françoises) qu'après ceux que j'ay nommez, tu ne dois avoir honte d'escrire en ta langue ; mais encore dois-tu, si tu es amy de la France, voire de toy-mesme, t'y donner du tout*, avecques ceste généreuse opinion, qu'il vaut mieux estre un Achille entre les siens, qu'un Diomede, voire bien souvent un Thersite, entre les autres.

1. Yoy. l'indication des Œuvres graphie de Antoine de Baïf. de Lazare de Baïf dans la bio- 2. Tout à fait*. R. B.

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