ACTE UI, SCÈNE XI
Aia : Le port Mahon est pris.
Margot est accourue , nsi que moi tremblante à sa vue, Elle l'a secourue; Et moi je viens ici, Les voici, les voici.
SCENE XII. — Les précédents, LA MARQUISE entre soiUenue pai Margot, et suivie de plusieurs domestiques, à qui elle adresse la parole.
LA MARQUISE. — Oui , mes enfants, je suis sensible à vos attentions: que ce soit aujourd'hui un jour de fête pour vous, comme il le sera pour M. le marquis et pour moi.
LE MARQUIS. — Madame, sitôt que j'ai su votre peipe, je l'ai fait cesser , le magicien s'est vengé trop cruellement.
LA MARQUISE. — Mousieur, épargnez-m'en le souvenir : la douceur de Margot vous ferait regretter la paix de votre maison , si je ne m'efforçois de la faire durer.
MAÎTRE JACQUES
Air : La fanfare de saint Cloud.
Adieu donc, pauvre marquise, Et richesses et fracas , Le travail, le froid, la bise, Vont encor suivre tes pas.
MARGOT
Va, je ne suis pas surprise, Et je ne m'y plaisois pas; Ce n'est qu'une friandise Dont le cœur est bientôt las.
LL'CiLE. — Madame, j'ai eu le malheur de vous manquer.
LA MARQUISE. — Non , si VOUS n'avoz pas manqué à Margot.
MARGOT. — Mon Dieu , non : c'est ma bonne amie. Baisez-moi , ma l>onne amie.
MAÎTRE JACQUES. — Madame voudra-t-elle bien oublier que...?
LA MARQUISE. — Monsieur le marquis, prêtez-moi votre bourse : Maître Jacques, je vous la donne pour le soufflet que je vous ai donné.
MAITRE JACQUES. — Ah, madame! il n'y a pas de quoi.
LA MARQUISE. — Quel Ijruit entends-je? ( Les domestiques , derrière le théâtre , font un bruit d'allégresse mêlé d'instruments.)
LUCiLE. — Ce sont vos gens qui se divertissent.
LA MARQUISE. — Voulez-vous participer à leurs plaisirs?
LE MAKQUis. — Est-il rien de plus digne de nous que de rendre heu
reux ceux qui nous entourent?
(En même temps la scène change et rend la décoration du premier acte : ■« marquis et la marquise se rangent sur un des côtés du théâtre, les aulic^ acteurs se joignent aux danseurs sous différentes attitudes; les domest-
ques entrent de tous les cotés sur la scène; le cuisinier tiie le père Ambroise par la main et le fait entrer malgré lui; il se défend, on lui arrache son bâton.)
i.uciLE. — Et! où est donc sa vielle?
l'aveugle. — Laissez-moi donc, finissez donc : mon bâton? je ne veux pas y aller , on me battra.
LE CUISINIER. — N'ayez pas peur, papa, notre maîtresse à présent est la meilleure maîtresse....
l'aveugle. — 11 faut donc que le diable s'en soit mêle; car quand une mécbante femme....
le cuisinier, lui mettant la main sur la bouche. — Paix donc! elle est là.
l'aveugle. — Oh, dame! je ne sais pas ça, moi.
LA marquise. — Monsieur le marquis, nous les gênons, laissonsles se divertir. (Ils sortent.) Lucile , vous pouvez rester.
maître JACQUES. — Allons, père , une chanson en rond.
l'aveugle. — Vous me donnerez donc à boire?
maître JACQUES. — Oui, oui.
l'aveugle. (Ils se prennent par la main.
Un petit coup de malheur Est souvent un avantage ; Un petit coup de malheur Est souvent un grand bonheur.
{Lorsque l'aveugle dit : Donnez-moi donc à boire, ils reprennent tous le refrain sans l'écouter, et l'obligent de continuer.)
Donnez-moi donc à boire.
Jeanne avoit des sabots neufs Et les plus beaux du village ; Que quelqu'un en eût des vieux, Elle en disait pis que rage.
Donnez-moi donc, etc.
Un petit coup , etc.
Chacun évitoit ses yeux, Mais dans le fond d'un bocage, ; Un petit coup, etc.
Le fils du carijlonneux La poursuivit sous l'ombrage.
Donnez-moi donc, etc.
< Il mit son sabot en deux,
Il n'est plus bon qu'au chaufi'ag» :
Depuis cet instant fâcheux, Jeannette est beaucoup plus sagv Soyez ou droit ou boiteux, Chaussez-vous à tout étage, Donnez-moi donc, etc.