SCÈNE VII
Ce n'est pas cela, Cela qui me met en peine.
LUCAS dit aux refrains :
Ce n'est pas cela, Cela qui me met en peine.
BABET. — An, comme je vais goûter! Mais voilà de belles cerises, il faut que j'en cueille : c'est dommage qu'elles appartiennent à maître Lucas; s'il me voyoit, il me les reprocheroit. Oh, ciel! je ne peux pas en avoir.
LUCAS, à part. — Bon, bon!
BABET. — Si Colin étoit ici, je le prierois de monter sur l'arbre. Si j'y monte, je vais toute m'arraclier. {Elle ôte son sur-corset, son chapeau, son tablier.)
LUCAS, à part. — Oh! je te tiens.
BABET. — Que voilà une belle branche!
LUCAS, à part. — Monte, monte.
BABET. — Qu'elles sont bonnes! c'est du sucre.
LUCAS. — Ah, c'est du sucre! Ah, ah! je vous y attrape; vous trouvez cela doux, Babet; je vous y prends, vous mangez mes cerises.
BABET. — Pour celui-là, non, monsieur Lucas.
LUCAS. — Est-ce pour moi que vous les cueillez? Je veux bien les manger de votre main, de votre blanche main , une à une ; je trouverai cela doux à mon tour.
BABET. — Je ne donne à manger qu'à Robin mon mouton.
LUCAS. — Qu'à Robin votre mouton? J'en suis bien aise. Voilà de jolis sabots bien tournés : cela vaut bien mes cerises.
BABET. — Rendez-moi mes sabots, maître Lucas.
LUCAS. — Oh! non, chère Babet, je veux les garder pour l'amour de vous; ou dites-moi bien tendrement : Mon cher ami, rendez-lesmoi.
BABET. — Je vous dirai d'autres mots, si vous voulez; mais ceux-là, je ne saurois les dire.
LUCAS. — Hé bien ! dites-moi d'aller trouver votre mère de votre part, pour lui apprendre que vous consentez à m'épouser.
BABET. — Hé bien! allez trouver ma mère, allez trouver ma mère.... dites-lui.... dites-lui.... qu'elle vous paye vos cerises.
LUCAS. — Quoi! je n'aurai pas une bonne parole de vous?
BABET. — Je n'en sais pas dire.
LUCAS. — Mais voyez ia petite mauvaise! Hé bien! vous n'aurez pas vos sabots; je vais vous prendre un baiser, en dépit de vous. Embrassez-moi tout à l'heure; voulez-vous bien me baiser, mauvaise! Ah, la mauvaise, mauvaise que vous êtes! fi la mauvaise!
BABET. — Tenez, tenez, voilà vos bestiaux qui vont dans les prés du procureur fiscal.
LUCAS. — Oh ciel!
BABET. — Courez vitc.
LUCAS. — J'y cours; mais je vous retrouverai là, car j'emporte vos
124 LES SABOTb.
sabots, j'emporte votre panier, j'emporte votre pain, et ie voudrois vous emporter vous-même.
BAEET. — Mes sabots.... mes sabots!