SCÈNE IX. — COLIN, BABET. Elle- s'assied sitôt qu'elle voit Colin
COLIN. — Ah! c'est vous Babet; ah! que je suis aise de vous voir! Il y a plus de deux heures que je ne vous ai vue. Que faites-vous là toute seule?
BABET , montrant ses pieds. — Vois, Colin , je n'ai pas de sabots.
COLIN. — Voilà les miens, prenez, prenez.
BABET. — Et toi?
COLIN. — Ah! c'est bien mieux que si je les avois. Et qu'avez-vous fait de vos sabots?
BABET. — On me les a pris.
COLIN. — Qui?
BABET. — Lucas.
COLIN. — A vos pieds?
BABET. — Non, je les avois ôtés, je les avois mis là.
COLIN. — Il est bien hardi de prendre vos sabots.
BABET. — Parce que je lui ai mangé quelques cerises,
COLIN. — Pour cela?
BABET, — Oui; et pour les rendre, il vouloit que je lui dise que je l'aime,
COLIN, — Ah, Babet! ce n'est pas aisé à dire,
BABET, — Et puis, il vouloit que je lui donnasse un baiser
COLIN. — Un baiser! ah, Babet!
BABET. — Qu'est-ce que tu as là dans ta panetière?
COLIN. — Du pain et des cerises pour ma journée, mais depuis quelque temps, je ne puis pas manger. Le cœur vous en dit- il, Babet? tenez, tenez.
BABET. — Et toi?
COLIN, — Ce n'est pas m'en priver que de te les donner.