SCÈNE IX. — ALDOBRANDIN, CLÉMENTINE
ALDOBRANDIN. — Ma chère Clémentine, j'ai une grâce à vous demander.
CLÉMENTINE. — A moi ?
ALDOBRANDIN. — Oui.
CLÉMENTINE. — Est-ce la même que ce matin?
ALDOBRANDIN - NOH
202 LE MAGNinQUE.
CLÉMENTINE. — Ail! toiit cc fjuMl VOUS plaira, pourvu que vous ne me pressiez pas de vous épouser.
ALDOBRANDiN. — Non , nou ; nous en parlerons une autre fois : cc que je désire de vous n'offre même aucune difficulté.
CLÉMENTINE. — Ditcs, je suis prête à vous obéir.
ALDOBRANDiN. — Cependant cela peut vous étonner, cela va vous 'urprendre.... mais je suis sûr.... que vous en rirez; écoutez.
CLÉMENTINE. — Js VOUS écOUtB.
ALDOBRANDiN. — Il y a dans cette ville un jeune Florentin nommé le soigneur Octave; c'est celui qui vient d'entrer à l'instant, et qui vous a saluée. Le peuple, qui se plaît à donner des surnoms, l'appelle le Magnifique; on devroit bien plutôt l'appeler l'extravagant; vous en allez juger. J'ai su qu'il avoit un cheval très-beau, j'ai voulu le voir, je l'ai vu; il est bien, très-bien.... assez bien, il m'a plu; je suis sûr qu';\ la course qui va se faire, on n'en verra pas de meilleur : or je désire acheter ce cheval, je lui en ai fait offrir des sommes exorbitantes; imagineriez- vous ce qu'il m'a répondu? a Non, a-t-il dit, je ne veux point d'argent, l'argent ne peut payer mon cheval; je désire seulement parler un quart d'heure à la jeune personne qui demeure chez lui. »
CLÉMENTINE. — A moi ?
ALDOBRANDIN. — Oui.
CLÉMENTINE. — Me parler!...
ALDOBRANDIN. — Vous parler, un quart d'heure seulement, a Mais, a-t-il repris, je ne veux être entendu de personne que d'elle; si le seigneur Aldobrandin me fait obtenir cette faveur, mon cheval esta lui. » Eh bien! Clémentine, avez- vous jamais entendu parler d'une extravagance aussi marquée ?
CLÉMENTINE. — Me parler ! à moi ?
ALDOBRANDIN. — Ah! ne craignez rien, je serai présent.
CLÉMENTINE. — Je n'en doute pas ; mais j'ai de la peine à concevoir....
ALDOBRANDIN. — Vous avez raison , cela n'est pas concevable.
CLÉMENTINE. — Permcttez-moi de vous demander ce que vous lui avez répondu.
ALDOBRANDIN. — Pouf le déconcerter, j'ai accepté sa proposition.
CLÉMENTINE. — Je ne sais, mon bon ami, mais il me semble....
ALDOBRANDIN. — Ah! point de réflexion; cela est dit, il va vous parler, il attend que vous y consentiez : or voici ce que j'ai imaginé : je désire de vous, je vous prie, je vous supplie, et vous m'avez promis de faire ce que je désire.... je vous prie de ne pas répondre un mot à ce qu'il vous dira, de ne pas l'écouter; il ne manquera pas de vous assurer que vous êtes charmante, qu'il vous aime, qu'il vous adore, et de vous étourdir de tous les propos que les galants de profession sont accoutumés de tenir aux jeunes personnes; mais je vous prie (je serai présent), je vous prie de le traiter avec le mépris qu'il mérite, et même vous le devez; oui, vous devez le confondre de vos regards. Comment I... il suppose I... il met un prix à une conversation avec vous : imaginez-vous quelle indignité! Pensez-vous à toute la singularité, à toute l'idée, à tout, à tout ce que cela renferme ? ('□