SCENE m. 2a
la présidente.
Oui.
MADAME niSS.
Monsieur Lek absent pour des coupes de bois?
MADAME LEK.
Oui, sans doute.
LA PRÉSIDENTE
En partant il m'a dit plusieurs fois yue nous n'aurions que demain sa présence.
Que j'avois cette nuit à pleurer son absence.
MADAME RISS
ARIETTE
Ah! pauvres femmes que nous sommes, Que nous sommes Dupes des hommes!
Ils ne sont tous que des ingrats, Que des traîtres , des scélérats.
Si la candeur, si la franchise, Si la pudeur en nous transmise, Des femmes n'étoient les vertus, Sur la terre il n'en seroit plus, On n'en verroit plus.
Ah! pauvres femmes que nous sommes, Que nous sommes Dupes des hommes 1 Ils ne sont tous que des ingrats, Que des traîtres, des scélérats.
LA PRÉSIDENTE
A quel propos...?
MADAME LEK.
Pourquoi...?
LA PRÉSIDENTE
Seroit-ce nos époux Qui sont ingrats?
MADAME RISS
OÙ pensez-vous Qu'ils espèrent souper ?
LA PRÉSIDENTE
Madame, je l'ignore.
OÙ donc?
MADAME RISS
Mais devinez.
LA rnÉSIDENTE.
Parlez.
MADAME KISS
Hé mais, encore?
MADAME LEK.
Dites-nous vite.
MADAME RISS
Hé bien, ici, ce soir.
^ MADAME LEK.
LA PRÉSIDENTE
Ici souper! non, non, votre époux est parti : Il doit aller coucher à la ville prochaine.
MADAME RISS
Qu'importe?
MADAME LEK.
Quoi, vous seule! et sans votre mari?
MADAME RISS
Sans doute ; écoutez bien : depuis une semaine , D'un air mystérieux, monsieur Leli m'assuroit Que le cher président m'aimoit à la folie -, Et le cher président, d'autre part me juroit. Que votre monsieur Lek me trouvoit fort jolie.
Madame, vous qui de la vanité Ne souffrez pas l'excès avec impunité.
Souffrez-moi celle-ci; j'étois, j'étois charmée De me voir, tout d'un coup, si tendrement aimée, Par deux hommes galants dont les femmes nont pas A rougir de manquer de jeunesse et d'appas. Hier ils sont venus; mesdames, je vous passe Des discours , des propos d'assez mauvaise grâce : Monsieur le président, grave, quoique amoureux, En termes clairs et nets m'a déclaré ses feux. Pendant qu'il débitoit les phrases les plus fades, Monsieur Lek, tout en feu, me lançoit des œillades; Il me prenoit le bras, il me serroit la main. Votre mari, madame, est un peu libertin. Un peu libre de geste, il s'émancipe, il tranche; Et votre président baisoit mes nœuds de manche Respectueusement, et se croyoit heureux.
La gaieté, malgré moi, s'emparoit de mes yeux. Cet amour en commun me sembloit si risible, Qu'en les considérant, il m'étoit impossible D'opposer l'air sévère à leur empressement; Mais il falloit un terme à cet amusement Je détournai la tête, et baissant la prunelle
Je jouai le recueillement.
Sourire à l'un.... à l'autre, un regard languissant; Et je dis : « Oui, messieurs, votre flamme est si belle^ Qu'on ne peut résister à son aveu charmant : Et, si vous m'assurez un parfait dévouement,