L.i MORiNiÈnE. — Combien étoient-ils
M. GOURVILLE. — Je ne sais; ils m'ont fermé la bouche avec ce linge. (Il le jette à terre.)
LA MORiNiÈRE. — Ne le perdez pas.
M. GOURVILLE. — Ils m'eutraînoient dans l'épaisseur du. bois, lorS' qu'un dieu, un homme, un ange.... Quels coups j'ai vu donner! d'un bùton, d'une massue qu'il avoit; il ne portoit pas un coup quil n'en renversât un : ils l'ont entouré, ils ont tiré sur lui, il doit être blessé, mais il les poursuit. Quel homme, grands dieux! quel homme! où est-il? et ne le verrai-je pas?
SAiNT-MORiN. — Mousieur, monsieur, vous avez bien des grâces à rendre au ciel.
M. GOURVILLE. — Et à ccIui qui m'a délivré. Ils m'avoient lié les mains, je ne pouvois me joindre à lui.
MARGUERITE. — Ils sont comme cela un troupiau de voleux ; depuis quelque temps ils n'en font jamais d'autres.
MORIN. — Qu'est-ce que vous faites là? allez faire du feu dans la chambre jaune, et songez à vos affaires.
M. GOURVILLE. — Dans ce pays-ci il semble qu'il y ait une fatalité qui me poursuit. Il y a vingt-sept ans que j'y passai , il y a vingt-sept ans que j'y fis la plus grande perte.
MORIN. — D'argent?
M. GOURVILLE. — Oui, d'argent, de tout, de tout. Monsieur, je vous en prie, avez-vous envoyé chercher un chirurgien pour mon domestique?
MORIN. — Oui, monsieur. Et il y a vingt-sept ans....
M. GOURVILLE. — Oui.
MARGUERITE, qui rentre. — Vous m'envoyez allumer du feu, et il y en a. i
MORIN. — Passons dans l'autre chambre. Monsieur, donnez-moi le bras.
M. GOURVILLE. — Je marcherai bien; conduisez-moi où est mon domestique.