SCÈNE XV. — FÉLIX , THÉRÈSE
THÉRÈSE. •- Quoi, Félix ! il faut se séparer?
FÉLIX. — Il faut se quitter, ma petite sœur.
THÉRÈSE. — Ah ! mon cher Félix, quel malheur pour nous!
FÉLIX. — Supportons-le, s'il est possible, avec fermeté.
THÉRÈSE. — Tu seras donc dans le régiment de mon frère?
FÉLIX. — Je me croirai moins éloigné de toi.
THÉRÈSE. — Quoi 1 nous ne nous verrons plus !
FÉLIX. — Je te jure, ma chère petite sœur, je prends le ciel à témoin....
THÉRÈSE. — Ciel! qu'est-ce que tu as? qu'est-ce que tu as à la main? tu as du sang, est-ce que tu serois blessé ?
FÉLIX. — Ne t'effraye pas, ce n'est rien; lorsque ce soir, dans la forêt, j'ai bâtonné ces coquins qui ont arrêté cet étranger, ils m'ont tiré quelques coups de pistolets, et une balle, je crois, m'a déchiré les doigts, (m. gour VILLE, qui a passé sa tête en écartant les rideaux, paraît écouter, et dit : Ciel ! c'est lui! )
THÉRÈSE. — Je t'en prie, que je voie ce que c'est; montre-moi ta main.
FÉLIX. ~ Ce n'est rien, te dis-je. Ah ! plût au ciel que je l'eusse perdue, celte main, et que je fusse à toi le reste de mes jours !
THÉRÈSE. — Félix, Félix, il ne m'est plus permis de vivre.
FÉLIX. — Vis en moi comme je vivrai en toi ; consolons-nous avec l'idée que notre infortune conserve la paix dans ta famille, la vie fi ton père, et l'honneur à celui que tu aimes. De quelle infamie, ma Thérèse, n'aurois-je pas eu à rougir, si j'avois abusé de l'empire que tu m'as donné sur ton cœur? on diroit : « Le scélérat ne s'est servi de leurs bienfaits que pour les outrager. » Prends cet argent que ton père m'a donné, tu en aideras cette bonne nourrice, qui, infirme et presque aveugle, pourroit, si ton père mouroit, tomber dans la misère.