ACTE III, SCÈNE HT
Avec un propos flatteur; Mais il faut encor défendre
Et sa personne et son cœur;
On ne sait auquel entendre,
Et toujours il faut défendre
Et sa personne et son cœur. '
Ah' j'oublie mademoiselle Thérèse.
SCÈNE IV. — M. GOURVILLE, MORIN, FÉLIX entre le premier , pour prendre un paquet qu'il a laissé la veille; il le met sur ses épaules avec le même bâton qu'il avoit; et comme il va pour sortir, M, Gourville et Marin entrent.
FÉLIX, après avoir regardé le lieu. — Adieu!
M. GOURVILLE. — Jeune homme, vous vous en allez?
FÉLIX. — Oui, monsieur.
M. GOURVILLE. — OÙ allez-vous?
FÉLIX. — Je vais servir, je vais à l'armée.
M. GOURVILLE. — Je VOUS prie de m'accorder une grûce.
FÉLIX. — Quoi, monsieur? dites.
M. GOURVILLE. — Restez ici aujourd'hui.
FÉLIX. — Je ne le peux pas.
M. GOURVILLE. — Restoz ici aujourd'hui pour l'amour de moi.
MORiN. — Félix, vous ne pouvez pas refuser monsieur, et je vous en prie aussi.
FÉLIX. — N'est-ce pas aujourd'lmi la noce de Thérèse?
MORiN. — Cela n'est pas sûr.
FÉLIX. — Vous le voulez, je reste.
MORIN. — Ah, monsieur! ce garçon-là est un homme étonnant pour la fidélité, pour le travail, pour les sentiments d'honneur; tous ces biens, tous ces champs que vous avez vus si bien cultivés, c'est en quelque façon à ses soins que je le dois.
M. GOURVILLE. — Je n'ai point vu de ferme, de terre qui rassemblât tant d'ordre, d'abondance et de richesses ; combien rapporte-t-elle?
MORIN. — Ah, monsieur ! c'est selon : lorsqu'il y a beaucoup de'pauvres, elle ne rapporte rien; mais dans les bonnes années, et de dix il y en a sept , elle peut donner deux mille écus, et même plus.
M. GOURVILLE. — Deux mille écus!
MORIN. — Oui, monsieur, et ils sont à vous.
M. GOURVILLE. — Je VOUS en remercie.
MORIN. —Vous ne m'entendez pas, monsieur, ils sont à vous. Oui, monsieur, ils sont à vous, ils vous appartiennent; oui, monsieur, tous -.es biens sont à vous.
M. GOURVILLE. —Comment?
. MORIN. — Par ce que j'ai appris de vous, par toutes les circonclances i-issembléc3, par tout ce que vous m'avez dit, vous êtes celui dont j'ai ' :-ouvé la valise le lendemain '^^ ce désastre.
M. GOURVTLLE. — Moi !
MORiN. — Oui, monsieur, sept cent trente-trois louis d'or dans trois bourses de soie, dites-vous, cinq médaillons et un cachet d'or; le voici.
M. GOURViLLE. — Oui, c'est mou chiffre.
MORIN. — J'ai acheté ce bien-ci avec votre argent, je l'ai acheté sous la condition de vous le remettre, et je vous le rends.
M. GOURVILLE. — Monsieur Morin, tant de probité m'étonne.
MORIN. — J'en suis fâché pour les autres.
M. GOURVILLE. — Ceci est bien surprenant! mais ces terres sont beaucoup au-dessus de la valeur de ce que vous avez trouvé.
MORIN. — Je les ai achetées pour vous, tant mieux : j'en ai été le métayer, monsieur, j'ai fait le bien de mon maître.
M. GOURVILLE. — Puisque vous me remettez ce bien, je l'accepte, mais....