‹ Œuvres choisiesChapitre 356 sur 454 · SCÈNE X.— FÉLIX, MORIN, THÉRÈSE, MORINVILLE · texte numérisé non relu

SCÈNE X.— FÉLIX, MORIN, THÉRÈSE, MORINVILLE

MORiNViLLE. — Félix, VOUS n'êtcs pas parti ? vous devriez déjà être à doux lieues d'ici pour joindre le régiment; allez.

FÉLIX. — Je ne pars plus.

MORINVILLE. — Comment, vous ne partez plus ! qu'est-ce que cela veut dire?

THÉRÈSE. — Quoi donc, mon frère! vous obligeriez Félix....

MORINVILLE. — Taisez-vous, Thérèse, vous devriez rougir....

MORIN. — Vous êtes bien hardi, en ma présence, de lui ordonner de se taire.

MORINVILLE.— Mon père, il est mon soldat, il faut qu'il parte, j'ai son engagement.

FÉLIX. — J'ai signé que je servi rois à ma volonté, et je ne le veux plus.

MORINVILLE. — A votre volonté ! dites à la mienne.

FÉLIX.— A la vôtre? non , à la mienne, vous dis-je : voyons le billet.

MORINVILLE. — Je ne vous dis qu'un mot, partez , ou je vous ferai enlever aujourd'hui.

FÉLIX. — Soyez assuré qu'on ne m'emmènera pas vivant.

THÉRÈSE. — Quoi, mon frère! vous oseriez arrêter Félix, et priver mon père....

MORINVILLE. — Dis, te priver toi-même : tu l'aimes, et je vois clair; mais nous y mettrons ordre, et le baron, le procureur, l'abbé, et moi.... cela n'est pas fini.

SCÈNE XI. — FÉLIX, MORIN, THÉRÈSE, M. GOURVILLE, MORINVILLE, LA MORINIÈRE, LE TABELLION.

M. GOURVILLE, à La Morinière. — Attendez, pour dire de pareilles raisons, que vous ayez vu ce que je vais faire.

LA MORINIÈRE. — VoyOnS.

MORINVILLE. — Cela ne se passera pas comme cela.

M. GOURVILLE, OU tabelUon. — Mettez- vous là : où est cet acte?

LE TABELLION. — Le VOici.

M. GOURViLLE. — Monsieur Morin, vous m'avez dil que vous aviez à ce jeune homme de grandes obligations; moi, je lui dois la plus vive reconnoissance , c'est lui qui m'a sauvé la vie dans la forêt; je lui donne ce que vous m'avez remis avec trop de bonne foi, je le lui donne, sous la condition qu'il épousera votre fille.

MORiNViLLE. — Et le baron , et le baron !

LA MORiNiÈUE. — Quoi! Félix épouseroit notre sœur

FÉLIX. — Vous dites, monsieur, vous dites que ce bien est à moi? ah, Pierre! il est à vous, je vous le rends.

M. GOURVILLE. — Brave jeune homme! (A Morin.) Consentez-vous à ce mariage?

MORIN. — De tout mon cœur.

FÉLIX, — Ah, Thérèse!

THÉRÈSE. — Ah, Félix!

M. GOURVILLE. — Belle Thérèse, y consentez-vous?

THÉRÈSE.— Ah, monsieur!

MORINVILLE. — Le mariage n'est pas fait.

LA MORiNiÊRE. — Écoutons l'acte.

M. GOURVILLE. — Lisez.

LE TABELLION. — Nous soussIgné Alexandre-Philippe de Resteinn, seigneur d'Aarsein, de Leidsem et autres lieux, marquis de GourviUe, et ministre du roi dans les cours étrangères.

MORINVILLE. — Diable ! j'enrage.

LA MORiNiÈRE. — AlIons doucement, cet homme-là est puissant.

LE TABELLION. — Avons, par ces présentes donné, accordé et concédé aujourd'hui et pour toujours....

M. GOURVILLE. — Au reste, l'acte est en bonne forme, il n'y a plus qu'à remplir le nom du jeune homme.

MORIN. — Félix.

M. GOURVILLE. — Son nom de famille?

MORIN. — Félix.

M. GOURVILLE. — Il n'a pas d'autre nom?

MORIN. — Non, monsieur, il n'en a pas d'autre. Félix, il ne faut pas rougir de cela, ce n'est pas votre faute. Monsieur, je vous demande bien pardon, je ne l'en estime pas moins, et je suis prêt à souscrire ce que vous voulez; mais je vous avouerai que c'est un enfant que j'ai trouvé.

MORINVILLE. — Et qu'on a élevé ici par charité. (Ici Félix le regarde fièrement.)

M. GOURVILLE. — Quel qu'il soit , il ne peut que vous honorer.

MORIN. — Je l'ai trouvé le 17 mai, jour de Saint-Félix, et on lui en n donné le nom.

M. GOURVILLE. — Le 17 mai, dites-vous? et en quelle année?

MORIN. — En 1749.

M. GOURVILLE. — En 49? ciel! se potirroil il, après tant de perquisitions infructueuses.... non, non. Et n'avez-vous rien qui vo'is indique ses parents?

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