‹ Œuvres choisiesChapitre 39 sur 454 · ACTE IV, SCÈNE IX · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE IX

sais par où il doit venir, je l'attendrai, je l'attaquerai, il m'attaquera, je le tuerai , ou il me tuera ; s'il me tue, il sera plus embarrassé que moi ; si je le tue, monsieur, je vous recommande ma fille. Au reste je n'ai pas besoin de vous la recommander.

M. VANDERK PÈRE. — .Antoine, ce que vous dites est inutile, et jamais....

ANTOINE. — Vos pistolets, vos pistolets; vous m'avez vu, vous m'avez vu sur ce vaisseau, il y a longtemps. Qu'importe? en fait de valeur, il ne faut qu'être homme, et des armes. ,

u. VANDERK PÈRE. — Hé mais, Antoine?

ANTOINE.— Monsieur! ah, mon cher maître! un jeune homme d'une aussi belle espérance; ma fille me l'avoit dit, et l'embarras d'aujourd'hui, et la noce, et tout ce monde : à l'instant même.... les clefs du magasin! ie les emporlols. {Il remet les clefs sur une table.) Ah, j'en deviendrai fou! ah, dieux!

M. VANDERK PÈRE. — Il me brise le cœur : écoutez-moi; je vous dis de m'écouter.

ANTOINE. — Monsieur.

M. VANDERK PÈRE. — Croyez-vous que je n'aime pas mon fils plus que vous l'aimez?

ANTOINE. — Et c'est à cause de cela, vous en mourrez.

M. VANDERK PÈRE. — Non.

ANTOINE. — Ah, ciell

M. VANDERK PÈRE. — Antoine, vous manquez de raison, je ne vous conçois pas aujourd'hui : écoutez-moi.

ANTOINE. — Monsieur.

M. VANDERK PÈRE. — Écoutoz-moi , VOUS dis-je , rappelez toute votre présence d'esprit , j'en ai besoin ; écoutez avec attention ce que je vais vous confier. On peut venir à l'instant, et je ne pourrai plus vous parler.... Crois-tu, mon pauvre Antoine; crois-tu, mon vieux camarade, que je sois insensible? N'est-ce pas mon fils? n'est-ce pas lui qui fonde dans l'avenir tout le bonheur de ma vieillesse? Et ma femme.... Ah! quel chagrin! sa santé foible; mais c'est sans remède: le préjugé qui afflige notre nation rend son malheur inévitable.

ANTOINE. — Eh! ne pouviez-vous accommoder cette affaire?

M. VANDERK PÈRE. — L'accommoder ! Tu ne connois pas toutes les entraves de l'honneur : où trouver son adversaire? où le rencontrer à présent? Est-ce sur le champ de bataille que de pareilles affaires s'accommodent? Hé! n'est-il pas contre les mœurs et contre les lois que je paroisse en être instruit....? Et si mon fils eût hésité, s'il eût molli, si cette cruelle affaire s'étoit accommodée, combien s'en préparoit-il dans l'avenir? Il n'est point de demi-brave, il n'est point de petit homme qui ne cherchât à le tâter; il lui faudroit dix affaires heureuses pour faire oublier celle-ci. Elle est affreuse dans tous sespoii»ts; car il a tort.

ANTOINE. — Il a tort !

M. VANDERK PÈRE. — Une étourderiof

ANTOINE. — Une étourderie J

M. VANDERK PÈRE. — Oui. Mais Dc perdoDs pas le temps en vaines

discussions, Antoine.

ANTOINE. — Monsieur!

M. VANDERK PÈRE. — Exécutez de point en point ce que je vais vous dire.

ANTOINE. — Oui, monsieur.

M. VANDERK PÈRE. — Ne passBz mes ordres en aucune manière, songez qu'il y va de l'honneur de mon fils et du mien : c'est vous dire tout.

ANTOINE, — Ah, ciell

M. VANDERK PÈRE. — Je ne peux me confier qu'à vous, et je me fie à votre âge, à votre expérience, et je peux dire à votre amitié. Rendezvous au lieu où ils doivent se rencontrer : déguisez-vous de fnçon h n'être pas reconnu; tenez-vous-en le plus loin que vous pourrez : ne soyez, s'il est possihle, reconnu en aucune manière. Si mon fils a >*. le bonheur cruel de tuer son adversaire, montrez-vous alors; il sera agité, il sera égaré, verra mal : voyez pour lui, portez sur lui toute votre attention; veillez à sa fuite, donnez-lui votre cheval, faites ce qu'il vous dira, faites ce que la prudence vous conseillera. Lui parti, / portez sur-le-champ tous vos soins à son rival, s'il respire encore, emparez-vous de ses derniers moments, donnez-lui tous les secours qu'exige l'humanité, expiez autant qu'il est en vous le crime auquel je participe, puisque.... puisque.... cruel honneur l... Mais, Antoine, si le ciel me punit autant que je dois l'être, s'il dispose de mon fils; je suis père, et je crains mes premiers mouvements : je suis père, et cette fête, cette noce.... ma femme.... sa santé.... moi-même.... alors tu accourras; mon fils a son domestique, tu accourras; mais comme ta présence m'en diroit trop, aie cette atteution, écoute bien, aie-la pour moi, je t'en supplie; tu frapperas trois coups à la porte de la basse-cour, trois coups distinctement, et tu te rendras ici, ici dedans, dans ce cabinet : tu ne parleras à personne, mes chevaux seront mis, nous y courrons.

ANTOINE. — Mais, monsieur.

M. VANDERK PÈRE. — Voici quelqu'un : eh! c'est sa mère!

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