SCÈNE IV. — LES PRÉCÉDENTS, BLONDEL
LA COMTESSE. — Hé bien ! bonhomme, on dit que vous demandez à m'ètre présenté.
BLONDEL. — Oui, madame : mais qu'il est difficile d'approcher des grands, même pour leur rendre service!
LA COMTESSE. — Qui étoit celui qui vous a appris ce que vous chantiez si bien tout à l'heure, et en quel lieu de la terre cette complainte vous a-t-elle été connue?
BLONDEL. — Je ne peux le dire qu'à vous.
( Béatrix se retire.)
LA COMTESSE. — Hier, vous étiez aveugle.
BLONDEL. — Oui, madame; mais je ne le suis plus, et quelles grâces n'ai-je point à rendre au ciel, puisqu'il me fait jouir de la présence de Madame Marguerite, comtesse de Flandre et d'Artois.
LA COMTESSE. — Ciel! vous me connoissez?
BLONDEL. — Oui, madame, et reconnoissez Blondel.
LA COMTESSE. — Quoi, c'est vous, Blondel! vous étiez avec le roi ; où l'avez-vous laissé?
BLONDEL. — Le roi, le roi, que je cherchois depuis un an, le roi, madame, est à cent pas d'ici.
LA COMTESSE. — Le Toi !
BLONDEL. — Il est prisonnier dans ce château que vous voyez de vos fenêtres; car, sans le voir, je lui ai parlé ce matin.
LA COMTESSE.'- Ah, dieux ! ah, Blondel! chevaliers!
BLONDEL. — Madame, qu'allez-vous dire?
LA COMTESSE. — Qu'a\-je à craindre? ce sont mes chevaliers, tous attachés à moi, à ma personne, et sire Williams est Anglais. (Les chevaliers, Williams et Béatrix s'approchent.)
BLONDEL
Oui, chevaliers, oui, ce rempart Tient prisonnier le roi Richard.
LES CHEVALIERS
Que dites-vous? le roi Richard!
Richard! qui? le roi d'Angleterre I
BLONDEL
Oui, chevaliers, oui, ce rempart Tient prisonnier le roi FUchard ; C'est là qu'est le roi d'Angleterre.