SCÈNE VI. — BLONDEL, WILLIAMS, le sénéchal
DEUX CHEVALIERS
LE SÉNÉCHAL. — Oui, c'est l'infortune de Richard qui faisoit toute sa peine.
BLONDEL. — Sir>^s chevaliers, sire Williams, le temps est précieux; voyons quels sont les moyens qui s'ofTrent à nous pour délivrer Richard; sachons d'abord quel est Ihomme qui le garde. Williams, quel homme est-ce que ce gouverneur? le connoissez-vous?
WILLIAMS. — Que trop!
BLONDEL. — L'intérêt peut-il quelque chose sur lui?
WILLIAMS. — Non. ;
BLONDEL. — Et la crainte ?
WILLIAMS. — Encore moins.
BLONDEL. — Ni l'intérct, ni la crainte; c'est un homme bien rare : écoulez, chevaliers, ei vous Williams, voici mon avis : le gouverneur va venir parler à votre fille.
WILLIAMS. — Parler à ma fille!
BLONDEL. — Oui : il sait que ce soir vous donnez un bal, une fête.
WILLIAMS. — Moi!
BLONDEL. — Oui, VOUS, et faites tout préparer à l'instant pour recevoir ici les bonnes gens des noces qui s'amusent ici près, et que j'ai prévenus de votre part.
WILLIAMS. — Des noces! un bal! il sait que je donnerois une fête! et de qui auroit-il pu savoir...?
BLONDEL. — De moi.
WILLIAMS. — De vous! eh! comment cela se peut-il?
BLONDEL. — Enfin il le sait, je vous le dirai; mais ne perdons pas un instant, il viendra ici dans l'espoir que cette fête lui donnera les moyens de parler à la belle Laurette.
WILLIAMS. — Ah! qu'il lui parle.
BLONDEL. — Oui, il lui parlera; mais qu'aussitôt il soit entouré des officiers de la princesse, qu'il soit sommé de rendre le roi; s'il le refuse, alors la force....
LE SÉNÉCHAL. — Oui, la force : armons-nous, forçons le cliilteau.
WILLIAMS. — Forcer le château! et que peuvent vingt ou trente hommes, armés seulement de lances et d'épées, contre cent hommes de garnison placés dans un château fort!
LE SÉNÉCHAL. — Vingt OU trente hommes! et les soldats qui jusqu'ici ont servi d'escorte à Marguerite, et qui sont dans la forêt voisine en attendant notre retour? je vais les faire avancer; et que ne peuvent la vaJeur, notre exemple, et le désir de délivrer le roi?
BLONDEL. — Ah, sénéchal! vous me rendez la vie; est-il quelqu'un