SCÈNE I.— ANTOINE, VICTORINE
ANTOINE. — Quoi! je vous surprends votre mouchoir à la main, l'air embarrassé, vous essuyant les yeux, et je ne peux pas savoir pourcjuo; vous pleurez?
VICTORINE. — Bon, mon papa.Mes jeunes filles pleurent quelquefois pour se désennuyer. V^;3jt, ^Cà-^A-xX
ANTOINE. — Je ne me paye pas de cette raison-là.
VICTORINE. — Je venois vous demander....
ANTOINE. — Me demar.der ? Et moi je vous demande ce que vous avez
pleurer; et je vous prie de me le dire.
VICTORINE. — Vous VOUS moquerez de moi.
ANTOINE. — Il y auroit assurément un grai^d danger.
VICTORINE. — Si cependant ce que j'ai à vous dire étoit vrai, vous ne vous en moqueriez certainement pas.
SÉDAlNfi. 1
ANTOINE. — Cela peut être. ^jEL^3-«-c^
viCTORiNE. — Je suis descendue chez le caissier de la part de madame
ANTOINE. — Hé bien?
viCTORiNK. — II y avoit plusieurs messieurs qui attendoient leur tour, et qui causoient ensemble. L'un d'eux a dit : ils ont mis l'épée à la main, nous sommes sortis, et on les a séparés.
ANTOINE.— Qui ?
VICTORINE. — C'est ce que j'ai demandé. Je ne sais, m'a dit l'un de ces messieurs, ce sont deux jeunes gens : l'un est officier dans la cavalerie, et l'autre dans la marine. Monsieur, l'avez- vous vu? Oui. Habit bleu, parements rouges? Oui. Jeune? Oui, de vingt à vingtdeux ans. Bien fait? Ils ont souri : j'ai rougi, et je n'ai osé continuer.
ANTOINE. — II est vrai que vos questions étoient fort modestes.
VICTORINE. — Mais si c'étoit le fils de Monsieur?...
ANTOINE. — N'y a-t-il que lui d'officier?
VICTORINE. — C'est ce que j'ai pensé.
ANTOINE. — Est-il le seul dans la marine
VICTORINE. — C'est ce que je me disois.
ANTOINE. — N'y a-t-il que lui déjeune?
VICTORINE. — C'est vrai.
ANTOINE. — Il faut avoir le cœur bien sensible.
VICTORINE. — Ce qui me feroit croire encore que ce n'est pas lui, c'est que ce monsieur a dit que l'officier de marine avoit commencé la querelle.
ANTOINE. — Et cependant vous pleuriez.
VICTORINE. — Oui, je pleurois.
ANTOINE. — Il faut bien aimer quelqu'un pour s'alarmer si aisément.
VICTORINE. — Eh, mon papa! après vous, qui voulez-vous donc que j'aime le plus? Comment! c'est le fils de la maison : feu ma mère l'a nourri; c'est mon frère de lait, c'est le frère de ma jeune maîtresse, et vous-même l'aimez bien.
ANTOINE. — Je ne vous le défends pas; mais soyez raisonnable.
VICTORINE. — Ah 1 cela me faisoit de la peine.
ANTOINE. — Allez, vous êtes folle.
VICTORINE. — Je le souhaite. Mais si vous alliez vous informer.
ANTOINE. — Et où dit-on que la querelle a commencé ?
VICTORINE. — Dans un café.
ANTOINE. — Il n'y va jamais.
VICTORINE. — Peut-être, par hasard. Ah! si j'étois homme, j'irois.