‹ Œuvres choisiesChapitre 6 sur 454 · SCÈNE I.— ANTOINE, VICTORINE · texte numérisé non relu

SCÈNE I.— ANTOINE, VICTORINE

ANTOINE. — Quoi! je vous surprends votre mouchoir à la main, l'air embarrassé, vous essuyant les yeux, et je ne peux pas savoir pourcjuo; vous pleurez?

VICTORINE. — Bon, mon papa.Mes jeunes filles pleurent quelquefois pour se désennuyer. V^;3jt, ^Cà-^A-xX

ANTOINE. — Je ne me paye pas de cette raison-là.

VICTORINE. — Je venois vous demander....

ANTOINE. — Me demar.der ? Et moi je vous demande ce que vous avez

pleurer; et je vous prie de me le dire.

VICTORINE. — Vous VOUS moquerez de moi.

ANTOINE. — Il y auroit assurément un grai^d danger.

VICTORINE. — Si cependant ce que j'ai à vous dire étoit vrai, vous ne vous en moqueriez certainement pas.

SÉDAlNfi. 1

ANTOINE. — Cela peut être. ^jEL^3-«-c^

viCTORiNE. — Je suis descendue chez le caissier de la part de madame

ANTOINE. — Hé bien?

viCTORiNK. — II y avoit plusieurs messieurs qui attendoient leur tour, et qui causoient ensemble. L'un d'eux a dit : ils ont mis l'épée à la main, nous sommes sortis, et on les a séparés.

ANTOINE.— Qui ?

VICTORINE. — C'est ce que j'ai demandé. Je ne sais, m'a dit l'un de ces messieurs, ce sont deux jeunes gens : l'un est officier dans la cavalerie, et l'autre dans la marine. Monsieur, l'avez- vous vu? Oui. Habit bleu, parements rouges? Oui. Jeune? Oui, de vingt à vingtdeux ans. Bien fait? Ils ont souri : j'ai rougi, et je n'ai osé continuer.

ANTOINE. — II est vrai que vos questions étoient fort modestes.

VICTORINE. — Mais si c'étoit le fils de Monsieur?...

ANTOINE. — N'y a-t-il que lui d'officier?

VICTORINE. — C'est ce que j'ai pensé.

ANTOINE. — Est-il le seul dans la marine

VICTORINE. — C'est ce que je me disois.

ANTOINE. — N'y a-t-il que lui déjeune?

VICTORINE. — C'est vrai.

ANTOINE. — Il faut avoir le cœur bien sensible.

VICTORINE. — Ce qui me feroit croire encore que ce n'est pas lui, c'est que ce monsieur a dit que l'officier de marine avoit commencé la querelle.

ANTOINE. — Et cependant vous pleuriez.

VICTORINE. — Oui, je pleurois.

ANTOINE. — Il faut bien aimer quelqu'un pour s'alarmer si aisément.

VICTORINE. — Eh, mon papa! après vous, qui voulez-vous donc que j'aime le plus? Comment! c'est le fils de la maison : feu ma mère l'a nourri; c'est mon frère de lait, c'est le frère de ma jeune maîtresse, et vous-même l'aimez bien.

ANTOINE. — Je ne vous le défends pas; mais soyez raisonnable.

VICTORINE. — Ah 1 cela me faisoit de la peine.

ANTOINE. — Allez, vous êtes folle.

VICTORINE. — Je le souhaite. Mais si vous alliez vous informer.

ANTOINE. — Et où dit-on que la querelle a commencé ?

VICTORINE. — Dans un café.

ANTOINE. — Il n'y va jamais.

VICTORINE. — Peut-être, par hasard. Ah! si j'étois homme, j'irois.

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