SCÈNE XI
SCÈNE XI. — LA MARQUISE, DUBOIS, mademoiselle ADÉLAÏDE, SA GOUVERNANTE.
LA MARQUISE. — Mademoiselle, je suis très-fâchée de troubler votre s,)litude : mais il faut que M. le marquis ait eu des raisons bien essenlielles pour me cacher que vous étiez dans son appartement. J'attends de vous la découverte d'un mystère aussi singulier,
LA GOUVERNANTE. — Madame, je vous dirai que...
LA MARQUISE. — Cette femme est à vous?
MADEMOISELLE ADÉLAÏDE. — Oul , madame, c'est ma gouvernante.
LA MARQUISE. — Permettez-moi de la prier de passer dans mon cabinet.
MADEMOISELLE ADÉLAÏDE. — Madame, depuis mon enfance elle ne m'a point quittée. Permettez-lui de rester.
LA MARQUISE, à Dubois. — Avaucoz un siège, et sortez. (Dubois avance un siège : la marquise montre un siège plus loin). Asseyezvous, la bonne, asseyez-vous. Mademoiselle, toute l'honnêteté qui paroît en vous devoit ne point faire hésiter M. le marquis de vous présenter chez moi.
MADEMOISELLE ADÉLAÏDE. — J'ignore, madame, les raisons qui l'en ont empêché; j'aurois été la première à lui demander cette grâce, si je n'apprenois à l'instant que j'avois l'honneur d'être chez vous.
LA MARQUISE. — Vous ne saviez pas?
MADEMOISELLE ADÉLAÏDE. — Nou , madame.
LA MARQUISE. — Vous redoublcz ma curiosité.
MADEMOISELLE ADÉLAÏDE. — Je n'ai Dulle raisoH pour ne pas la satisfaire. Monsieur le marquis ne m'a jamais recommandé le secret sur ce qui me concerne.
LA MARQUISE. — Y a-t-il longtemps qu'il a l'honneur de vous connoître ?
MADEMOISELLE ADÉLAÏDE. — Depuis mou enfauce, madame. Dans le couvent où j'ai passé ma vie, je n'ai connu que lui pour tuteur, pour parent, et pour ami.
LA MARQUISE , à la gouvemaute. — Comment se nomme mademoiselle ?
LA GOUVERNANTE. — Mademoiselle Adélaïde.
LA MARQUISE. — Point d'autre nom?
LA GOUVERNANTE. — Nou, madame.
LA MARQUISE. — Non!... Et VOUS me direz, mademoiselle, que vous ignorez les idées de M. le marquis en vous amenant chez lui, et en vous dérobant à tous les yeux?
MADEMOISELLE ADÉLAÏDE , d'un ton uu pcu sec. — Lorsqu'on respecte les personnes, on ne les presse pas de questions, madame; et je respectois trop M. le marquis, pour le presser de me dire ce qu'il a voulu me taire.
LA MARQUISE. — On DC peut pas avoir plus de discrétion.
MADEMOISELLE ADÉLAÏDE. — Et j'ai déjà eu l'honueur de vous dire, madame, que j'ignorois que j'étois chez vous.
lA MARQUISE. — Vous me le feriez oublier.
HADEMOisELLE ADÉLAÏDE, sc Icvatit. — Madame, je me retire.
LA MAMQUisE, Icvéc, d'un ion radouci. — Mademoiselle, je désire que Kl. le marquis ne retarde pas le plaisir que j'aurois de vous connoîlre.
, MADEMOISELLE ADÉLAÏDE. — Je le désire aussi.
LA MARQUISE. — Ll a sans doute eu des motifs que je ne crois injurieux, ni pour vous, ni pour moi; mais convenez que ce mystérieu.f silence a besoin de tous les sentiments que vous inspirez, pour n'être pas mal interprété.
MADEMOISELLE ADÉLAÏDE. — J'en conviens, madame; et pour vous confirmer dans l'idée que je mérite que l'on prenne de moi, je vous dirai quelle est la mienne sur la conduite de M. de Cluinville à mon égard. Il y a quelques mois....
LA MARQUISE. — Asseyez-vous, je vous en prie.
MADEMOISELLE ADÉLAÏDE s'assoU aiusi quB la marquise et la gouvernante. — Il y a quelques mois que M. de Clainville vint à mon couvent; il étoit accompagné d'un gentilhomme de ses amis: il me le présenta. Il me demanda, pour lui, la permission de paroître à la grille; je l'accordai. Il y vint.... je l'ai vu.... quelquefois.... souvent même; et lundi passé, M. le marquis revint me voir; il me dit de me disposer à sortir du couvent. Dans la conversation qu'il eut avec moi, il sembla me prévenir sur un changement d'état. Quelques jours après (c'éloit hier) il est revenu un peu tard; car la retraite étoit sonnée. Il m'a fait sortir, non sans quelque chagrin; j'étois dans ce couvent dès l'enfance; et il m'a conduite ici. Voici, madame, toute mon histoire; et s'il étoit possible que j'imaginasse quelque sujet de craindre l'homme que je respecte le plus, ce seroit près de vous que je me réfugierois.