SCKNE XXIX. — LE MARQUIS, LA MARQUISE, M. DÉTIEULETTE
MADEMOIbELLE ADÉLAÏDE, SA GOUVERNANTE, GOTTE.
LE MARQUIS. — Oui, la voilà. Est-il rien de plus aimable! Mon ami, recevez l'amour des mains de l'amitié. Madame, vous ne saviez pas avoir mademoiselle dans votre château; elle y est depuis hier. Je suis rentré trop tard, et je suis aujourd'hui sorti trop matin pour vous la présenter. Elle nous appartient de très-près : c'est la fille de feu mon frère, ce pauvre chevalier, mort dans mes bras à la journée de Laufeld. Son mariage n'étoit su que de moi. Vous approuverez certainement les raisons qui m'ont forcé de vous le cacher : mon père étoit si dur, et dans la famille.... je vous exphquerai cela. Ma chère fille, embrassez votre tante.
LA MARQUISE. — C'ost, je VOUS assuro, de tout mon cœur.
MADEMOISELLE ADÉLAÏDE. — Et moi, madame, quelle satisfaction ne dois-je pas avoir !
LE MARQUIS. — Madame, je la marie, et je la donne à monsieur : je dis je la donne, c'est un vrai présent; et il ne l'auroit pas, si je counoissois un plus honnête homme.
M. DÉTIEULETTE. — Quoi ! madame, j'aurai le bonheur d'être votre neveu?
LE MARQUIS. — Oui , mon ami, et avant trois jours. Je cours demain à Paris; il y a quelques détails dont je veux me mêler.
M. DÉTIEULETTE. — Mademoiselle, consentez-vous à ma félicité?
MADEMOISELLE ADÉLAÏDE. — Monsicur, je ne connoissois pas toute la mienne; et vous avez h présent à m'obtenir de madame.
M. détif;ulette. — Madame, puis-je espérer....
LA MARQUISE. — Oui, mousiour, et j'en suis enchantée. Le ciel ne m'a point accordé d'enfant; et de cet instant-ci je crois avoir une fille et un gendre. Monsieur, je vous l'accorde.
MATiEMOiSELLE ADÉLAÏDE, CH donnant sa moî'n. — C'est autant par inclination que par obéissance.
LE MARQUIS. — Cela doit être. (^1 la marquise.) Ma nièce est charmante !
LA MARQUISE. — Je suis bien trompée, si mademoiselle n'a pas beaucoup d'esprit; et je suis sûre que, sans défours, sans finesse, elle n'en fera usage que pour se garantir de la finesse dos autres, pour bien régler sa maison, eî faire le bonheur de son mari.