ACTE I, SCÉKE XI. ^i
Ah! qu'est-ce que ce monsieur-là? Il doit être bien savant, car il a une grande robe.
LK MAGICIEN. — Est-CB VOUS, ma clière enfant, qui devez me conduire chez le fermier du château?
MARGOT. — Non, monsieur: mais, si vous voulez, je le ferai avec 1 .a sir.
LE MAGICIEN
Air : Si vous étiez son époux.
Que cherchez-vous donc ici?
MARGOT
Mon mari.
LE MAGICIEN
Votre mari?
MARGOT
Monsieur, oui :
Dans CCS lieux il devoit être.
LE MAGICIEN
Je n'ai pas le bonheur de le connoître,-
MARGOT. — Ah, monsieur, c'est bien de l'honneur pour lui!
LE MAGICIEN. — Quelle est sa profession, son état? et quel est votre nom?
MARGOT. — Il se nomme Jacques : il est cordonnier pour femmes. Je m'appelle madame Jacques, et au château, Margot tout court.
LE MAGICIEN, à part. — Il me vient une idée : oui, cela peut servir à ma vengeance. [Haut.) Madame Jacques, vous me conduirez donc chez ce fermier?
MARGOT. — Plus loin encore, s'il le falloit.
LE MAGICIEN
Ain : Tout le inonde m'abandonne.
Vous êtes trop complaisante.
Je dois vous remercier; De votre humeur obligeante, Je m'engage à vous payer.
MARGOT
Je suis bien votre servante, Et vous pouvez m'employer.
LE MAGICIEN
Air : Tout roule aujourd'hui , etc.
Pour vous récompenser, ma chère.
Donnez, donnez-moi votre main.
MARGOT
Eh, monsieur! qu'en voulez- vous faire ?
LE MAGICIEN
J'y veux lire votre destin.
Apprenez la bonne aventure
SÉUAIiV Ô
Que réservent pour vous les cieux :
De mes paroles soyez sûre;
Je lis dans les secrets des dieux.
Je vais vous apprendre tout ce qui vous arrivera. MARGOT. — Ah, monsieurl s'il y a du mal, ne me le dites pas. LE MAGICIEN. — Ne craiguez rien. Je vois déjà que votre mari vous a battue hier.
MARGOT. — C'est vrai; Jacques me bat, mais pas toujours.
LE MAGICIEN
Atr : Pour héritage.
Oh, ciel! que vois-je?
Quel suprême bonheur!
Mais qu'aperçois-je?
MARGOT
Ne me faites point peur.
LE MAGICIEN
Je vois, je vois des laquais et des pages, Meubles exquis, Grands équipages.
Et puis un marquis.
MARGOT. — Pour moi, monsieur?
LE MAGICIEN. — Oul, pOUF VOUS.
MARGOT. — Et Jacques?
LE MAGICIEN. — Il aura une marquise.
MARGOT. — Oh! je ne veux pas. Aurai-je un carrosse?
LE MAGICIEN. — Oui , attendez un carrosse.
MARGOT. — Un carrosse !
LE MAGICIEN. — Oui , un carrosse ; un , deux , trois.
Air : Folies d'Espagne.
Quand vous verrez, écoutez, Marguerite, Quand vous verrez reluire à ces trois doigts Trois beaux anneaux ou trois bagues d'élite. Vous aurez tout alors à votre choix.
MARGOT. — Et un carrosse?
LE MAGICIEN. — Et un carrosse.
Air : Des Proverbes.
Mais retenez ce que je vais vous dire ; Quand tout en vous de forme changera, Soyez discrète, et gardez-vous d'instruire Quiconque près de vous sera.
Comme marquise, agissez en marquise.
MARGOT — Oui, être bien fière, bien méchante, bien.... J'aurai delà peine; mais sera-ce bientôt?