‹ Œuvres choisiesChapitre 1 sur 199 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

L'application à Voltaire de la méthode historique, suivie dans les précédents ouvrages de cette Collection, a donné lieu à un volume d'un caractère tout nouveau1. On a, jusqu'ici, publié des Lettres choisies de Voltaire, des Extraits historiques ou même des Extraits en prose de cet auteur, mais dans un ordre méthodique, groupés par genre, et souvent sans lien entre eux. Notre plan est tout autre : il s'agit de suivre Voltaire année par année et de dérouler sous les yeux de nos lecteurs toute la carrière d'un écrivain que l'on a appelé le véritable roi de son siècle, et dont la vie, en tout cas, est si activement mêlée à celle de son temps pendant plus de soixante années.

La première partie, qui s'étend jusqu'au retour d'Angleterre, en 1729, nous montre (en trois chapitres) la formation de Voltaire dans la société du Temple plu? qu'à Louis-le%-Grand, ses premiers succès, ses premiers malheurs, sa double incarcération à la Bastille et son exil, qui contribua si efficacement à l'armer pour la lutte.

La deuxième partie^ depuis le retour d'Angleterre jusqu'au départ pour Berlin (1729-1750), comprend (en treize chapitres) vingt et un ans d'une extraordinaire fécondité.

(1) L'illustration a été conliée à M. Georges Toulou, bibliothécaire à la Bibliothèque nationale : nous sommes heureux de le remercier ici i\e l'intérêt et i!e l'agrément que sa collaboration ajoute à notre travail.

Le poète y devient philosophe, historien, physicien, Entremêlés à ces tragédios, qui sont comme la forme traditionnelle de son activité littéraire, nous voyons se succéder des ouvrages comme Charles XII, les Lettres philosophiques, les Remarques sur les Pensées de Pascal, puis, après le poème espiègle du Mondain, les Discours sur Vhomme, des Épîtres, puis enfin Zadig, le premier roman de Voltaire, et, à travers ces productions diverses, nous suivons le progrès d'une carrière qui s'achemine invinciblement vers l'Académie et vers la faveur de la cour, éphémère triomphe, en attendant la brusque volte-face et le départ pour Berlin.

La troisième partie, la plus courte à compter les années, mais non la moins fertile en événements, comprend (en neuf chapitres) le voyage do 4750 en Prusse, le retour en France et l'établissement en Suisse, histoire attachante, dout nous suivons le récit fait par Voltaire, lui-même dans sa correspondance. Nous en donnons de nombreux extraits, entrecoupés par ceux de ces œuvres imposantes qui s'appellent le Siècle de Louis XIV ou VEssai sur les mœurs et d'autres productions plus légères comme Candide, le Pauvre Diable, la Vanité.

La quatrième partie est consacrée à la période de Ferney, après 1760. Nous y voyons (en huit chapitres) Voltaire déployer dans sa vieillesse une activité plus étonnante que jamais, devenir le défenseur des Galas, des Sirven, du chevalier de La Barre, recueillir et doter Mlle Corneille en écrivant le Commentaire, publier le Dictionnaire philosophique et mener, avec la verve que l'on sajt, cette propagande à laquelle il a attaché son nom.

A lire ainsi successivement, d'année en année, ceslexles de prose et do vers, tantôt sérieux, tantôt enjoués, toujours pleins d'esprit et de malice, n'avons-nous ftas l'impression de voir se reconstituer devant nous dans leurs grandes lignes la vie et l'œuvre de Voltaire ?

Cette vie, comme cette œuvre elle-même, malgré laul de talents, lant de services rendus à la cause du progrès, appelle, non seulement des réserves, mais des blâmes

ÀVANT-t»ROPOS VU

énergiques ait point de vue moral, religieux, palrio- (ique. Dans les notices et dans les notes au bas des pages, nous avons formulé un certain nombre d'appréciations qui nous paraissaient s'imposer ; cependant nous n'avons pas insisté sur la partie de critique et de discussion, estimant que les jugements à porter découlaient presque toujours du simple exposé des faits et des idées. D'ailleurs, tout ce qui, dans la vie et dans l'œuvre de Voltaire, mérite la plus sévère réprobation ne se trouvait-il pas, par sa nature même, écarté du cadre d'un ouvrage classique comme celui-ci? Peut-èlre quelques personnes trouveront-elles que certaines phrases Ou certains traits qui figurent ici se ressentent encore trop de l'esprit de Voltaire. Il nous a semblé qu'en les accompagnant de quelques notes rectificatives, on pouvait les laisser Subsister sans crainte, taudis qu'il y aurait un inconvénient, grave à présenter aux yeux des élèves un Voltaire trop différent de ce qu'il était. Nous ne nous dissimulons pas qu'en pareille matière le dosage est une opération des plus délicates. Si, dans un sens ou dans un autre, nous paraissons avoir dépassé la mesure, nous demandons que l'on nous tienne compte de la difficulté de la tache.

Suivant le plan de la collection, nous avons mis en tète de cet ouvrage un tableau synchronique des principaux événements de la vie de Voltaire et des faits contemporains. Nous avons cru devoir remonter jusqu'à des dates comme celles des ouvrages de Pascal et de Bossuet, qui marquent l'apogée d'un mouvement dont Voltaire a pris le conlrepied et, de môme, nous avons signalé, pardelà la Révolution; des dates comme celles de la signature du Concordai et du Génie du Christianisme.

Dans la courte" bibliographie qui vient ensuite, nous avons placé à part les principales éditions collectives des u-uN res de Voltaire, puis nous avoiis groupé dans l'ordre chronologique les plus importants ouvrages composés à son sujet. Nous avons renoncé à établir une démarcation rigoureuse entre les études biographiques et les études

critiques; car, si les unes relèvent nettement de l'un de ces genres, les autres, en plus grand nombre, participent des deux.

Notre travail comporte encore une Grammaire et un Lexique. Pour la première, nous nous sommes borné à la notation d'un certain nombre de faits grammaticaux. Le Lexique a été rédigé selon une préoccupation toute pratique. Bien que la langue de Voltaire soit la plus claire et la plus limpide qui existe, on trouve dans ses histoires et dans ses romans un assez grand nombre de tenues empruntés à l'étranger, notamment au turc, au persan, à l'arabe. D'autre part, il était nécessaire dé préciser le sens de certains noms de mesures qui ne sont plus en usage. Enfin Voltaire emploie certaines expressions, usitées avant lui, qui ont cessé d'appartenir à la langue courante. Nous avons été amené ainsi à faire entier dans le Lexique des termes qui n'ont rien de particulier à Voltaire, mais qu'il fallait expliquer aux élèves.

Tel qu'il est, et malgré des imperfections sur lesquelles nous ne nous faisons pas illusion, nous souhaitons que cet ouvrage rende quelque service et qu'il contribue à faire connaître sous un jour vrai et dans une mesure équitable un écrivain aussi complexe que Voltaire.

Page 1