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SCÈNE I BRUTUS, VALÉRIUS PUBLICOLA, les sénateurs l

~4 BRUTUS

estructeurs des tyrans, vous qui n'avez pour

[rois Que les dieux de Numa, vos vertus et nos lois, Enfin notre ennemi commence à nous con- Œuvres, [naître.

1738. Ce superbe Toscan qui ne parlait qu'en maître,

(1) On remarquera le caractère nouveau et dramatique d» cette scène d'exposition.

VOLTATRE

Porsenna, de Tarquin ce formidable appui, 5

Ce tyran, protecteur d'un tyran comme lui,

Qui couvre de son camp les rivages du Tibre,

Respecte le sénat et craint un peuple libre.

Aujourd'hui, devant vous abaissant sa hauteur,

Il demande à traiter par un ambassadeur. 10

Arons, qu'il nous députe, en ce moment s'avance ;

Aux sénateurs de Rome il demande audience :

Il attend dans ce temple, et c'est à vous de voir

S'il le faut refuser, s'il le faut recevoir.

VAXÉR1US PUBLICOLA

Quoi qu'il vienne annoncer, quoi qu'on puisse en attendre,

Il le faut à son roi renvoyer sans l'entendre :

Tel est mon sentiment. Rome ne traite plus

Avec ses ennemis que quand ils sont vaincus.

Votre fils, il est vrai, vengeur de la patrie,

A deux fois repoussé le tyran d'Étrurie ; 20

Je sais tout ce qu'on doit à ses vaillantes mains ;

Je sais qu'à votre exemple il sauva les Romains :

Mais ce n'est point assez ; Rome assiégée encore

Voit, dans les champs voisins ces tyrans qu'elle abhorre.

Que Tarquin satisfasse aux ordres du sénat ; 25

Exilé par nos lois, qu'il sorte de l'État;

De son coupable aspect/ qu'il purge nos frontières,

Et nous pourrons ensuite écouter ses prières 2.

Ce nom d'ambassadeur a paru vous frapper ;

Tarquin n'a pu nous vaincre, il cherche à nous tromper. 30

L'ambassadeur d'un roi m'est toujours redoutable 3;

Ce n'est qu'un ennemi, sous un litre honorable,

Qui vient, rempli d'orgueil ou de dextérité,

Insulter ou trahir avec impunité.

Rome, n'écoute point leur séduisant langage : 35

(1) Aspect. V. Lex.

(ï) Réminiscence i'Athalie.

« Et vous viendrez après m'immoler vos victimes. » (I, 1, 92.* (3) Réminiscence de liritannicus.

- Agrippine, seigneur, est toujours redoutable. »(III, 1; 768.)

BRUTUS 91

Tout art t'est étranger ; combattre est ton partage : Confonds tes ennemis de ta gloire irrités; Tombe, ou punis les rois : ce sont là tes traités.

Rome sait à quel point sa liberté m'est chère :

Mais, plein du même esprit, mon sentiment diffère. 40

Je vois cette ambassade, au nom des souverains,

Comme un premier hommage aux citoyens romains.

Accoutumons des rois la fierté despotique

A traiter en égale 1 avec la république ;

Attendant que, du ciel remplissant les décrets, 45

Quelque jour avec elle ils traitent en sujets.

Arons vient voir ici Rome encor chancelante,

Découvrir les ressorts2 de sa grandeur naissante,

Épier son génie, observer son pouvoir:

Romains, c'est pour cela qu'il le faut recevoir. 50

L'ennemi du sénat connaîtra qui nous sommes,

Et l'esclave d'un roi va voir enfin des hommes.

Que dans Rome à loisir il porte ses regards :

Il la verra dans vous : vous êtes ses remparts.

Qu'il révère en ces lieux le dieu qui nous rassemble ; 55

Qu'il paraisse au sénat, qu'il écoute, et qu'il tremble.

(Les sénateurs se lèvent, et s'approchent un moment pour donner leurs voix.)

VALKRKS PUBLICOLA

Je vois tout le sénat passer à votre avis ; Rome et vous l'ordonnez : à regret j'y souscris. Licteurs, qu'on l'introduise ; et puisse sa présence Vapporter en ces lieux rien dont Rome s'offense !

Arons, introduit devant l'assemblée, cherche d'abord à flatter le sénat et à parler contre le peuple. Invité par Brutus à respecter les citoyens, il feint de plaindre les malheurs de Rome et tente de réveiller chez les sénateurs les sentiments de fidélité envers leur ancien roi. Il montre le Capitole et les autels où les Romains ont jadis prêté serment à Tarquin. — Mais, dit Brutus, c'est Tarquin lui-

(1) V. Notes gramm ., p, 983, III, 4°. (2; Ressorts V l.ex

même qui par son injuste gouvernement a relevé les Romains de leur serment. Suit une discussion sur les droits des rois et des peuples.

Brutus prononce sur l'autel des imprécations contre celui qui regretterait les rois. Arons à son tour étend la main et déclare aux Romains une guerre éternelle. Il réclame la fille des Tarqujns, retenue à Rome, ainsi que ses trésors. Brutus consent à rendre Tullie, il donne à l'ambassadeur un délai d'un jour pour retirer les trésors des Tarquins et il lui offre l'hospitalité de sa maison.

Les sénateurs montent au Capitole. Arons reçoit la visite de Messala, ami de Titus, qui est le fils aîné de Brutus. Messala, qui joue le rôle de traître, donne sur les dispositions des Romains des renseignements peu favorables aux projets d'Arons, mais Titus, dit-il, est mécontent et il aime Tullie. L'ambassadeur en conclut que le sort de Rome dépend du cœur d'un seul homme.

Acte II. — Titus, au désespoir du départ de Tullie, avoue devant Messala son amour pour la fille de Tarquin et sa haine pour le sénat. Messala l'excite dans ses sentiments et lui amène Arons. Titus reste insensible aux flatteries de l'ambassadeur; mais celui-ci provoque la jalousie du jeune Romain en disant que Tullie qu'il s'apprête à emmener, épousera le roi de Ligurïe. Titus est troublé...

Acte III. — L'émissaire de Tarquin a réussi à former un complot. Le second fils de Brutus, jaloux de son aîné, est parmi les conspirateurs; Arons faR intervenir Tullie auprès de Titus. Il a présenté à la jeune fille une lettre de Tarquin dans laquelle celui-ci s'engage à donner sa fille à Titus et à partager le sceptre avec lui. Le fils de Brutus déclare qu'il ne peut s'abaisser à trahir Rome et refuse le bonheur qu'il faudrait acheter au prix d'une infamie. Comme Tullie ne comprend pas son refus, Titus lui dit :

« Eh bien, si vous m'aimez, ayez 1 âme romaine. »

Acte IV. — Titus essuie encore un nouvel assaut d'Arons et de Messala; mais il a l'imprudence de vouloir dire un dernier adieu à Tullie. L'entrevue est des plus orageuses. Titus farouche ne sait plus ce qu'il veut. Tullie lui annonce qu'elle va se donner la mort. Le jeune homme l'arrête et lui promet de la suivre. Il appelle Messala, il est prêt à la trahison... Mais Brutus parait : il vient chercher son fils pour défendre Rome contre ses ennemis.

Titus hésite un moment. Son père l'exhorte :

« Va, cesse de briguer une injuste faveur;

La place où je t'envoie est ton poste d'honneur;

Va, ce n'est qu'aux tyrans que tu dois ta colère :

De l'État et de toi je sens que je suis père.

Donne ton sang à Rome, et n'en exige rien;

Sois toujours un héros ; sois plus, sois citoyen.

Je touche, mon cher fils, au bout de ma carrière,

Tes triomphantes mains vont fermer ma paupière;

Mais, soutenu du tien, mon nom ne mourra plus;

Je renaîtrai pour Rome et vivrai dans Titus. » (IV, 6.)

Valérius Publicola vient apprendre à Brutus qu'un complot a été formé.

|>ani<>niu'/-nou.v.2.Ta!,(¥ frïctèc'line Peuplé Romain A i.inU- t'i Umî^umus :\ t-oiulafimoi-'l'ariiuin'

Figure de Moreau le Jeune pour Brulus (acte I, scène n). (Œuvres, édition de Kchl, 1785-1789.)

Acte V. — Brutus informe les sénateurs que Tarquin allait par trahison rentrer dans Rome, si un esclave n'avait surpris les discours d'Arons et de Messala. Ce dernier, arrêté, s'est donné la mort, emportant son secret avec lui et Brutus engage les sénateurs à se montrer impitoyables envers les coupables, quels qu'ils soient.

Arons est amené devant les sénateurs. En tramant une conspiralion, il a perdu son caractère d'ambassadeur et sera traité comme un conjuré.

Brutus apprend la trahison de ses deux fils et doit décider de leur sort. Il ne peut croire à la culpabilité de son aîné, qu'accusent cependant par surcroit les dernières paroles de Tullie. Cette princesse, avant de se frapper, a désigné Titus, qui conspirait par amour. Titus fait à son père sa confession. Il déclare que « son cœur a été coupable un moment », mais qu'aussitôt son remords a égalé sa faute et vengé son pays. Il veut mourir pour que son sort serve de leçon, mais il demande que 6on père lui ouvre ses bras. Brutus en effet condamne son fils, mais en l'embrassant.

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