‹ Œuvres choisiesChapitre 35 sur 199 · AUX MANES DE M. DE GÉNONVILLE · texte numérisé non relu

AUX MANES DE M. DE GÉNONVILLE

01 que le ciel jaloux ravit dans ton printemps,

Toi de qui je conserve un souvenir fidèle,

Vainqueur de la mort el du temps;

Toi dont la perte après dix1 ans.

M'es! encore affreuse et nouvelle ; 5

Œuvres, gj jou| n»est pas détruit, si, sur les sombres

[bords,

Ce souffle si eacbé, cette faible étincelle,

Cet esprit, le moteur et l'esclave du corps,

Ce je ne sais quel sens qu'on nomme âme immortelle.

Reste inconnu de nous, et vivant cbez les morts; îO

S'il est vrai que tu sois7~et si tu peux «l'entendre,

O mon cher Génonville, avec plaisir reçoi

Os vers et ces. soupirs que je donne à ta cendre.

Monument d'un amour immortel comme toi...

De ton aimable esprit nous célébrons les charmes ; ]">

Nous chantons quelquefois et tes vers et les miens :

Ton nom se mêle encore à tous nos entretiens ;

Nous lisons tes écrits, nous les baignons de larmes.

Loin de nous à jamais ces mortels endurcis,

Indignes du beau nom, du nom saci'é d'amis, 20

Ou toujours remplis d'eux, ou toujours hors d'eux-mème,

Au monde, à l'inconstance ardents ù se livrer,

Malheureux, dont le cœur ne sail pas comme on aime

ht qui n'ont point connu la douceur de pleurer 2.

(1) Voltaire force un peu le chiffre. La mort de M. de Génonville datait de six ans.

(2) Ce vers est un de ceux <jin font le plus d'honneur à leur auteur.

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