A.cte I, sc^ M
DE PIRON m
M EZZETIN.
AiB : Lcmlwrelu,
Que voulez-vous dire?
PIERROT
Que tous ces tours-là Ne me font point rire.
UEZZETIN.
Qu'est-ce donc qu'il a?
Estril en délire?
PIERROT
Faites bieu le résolu.
MEZZETIN
Lanturela, lanturelu, lantuxelal
PIERROT
Monsieur Grippe-cire, ne m'échauffez pas les oreilles I
MEZZETIN
Monsieur Grippe-suif, ne m'échauffez pas les miennes I
PIERROT
ÂIB : Voulez-vous taooir qui des dett*.
Vous savez que les cuisiniers Se fùclient assez volontiers, Et que les drôles de ma sorte Ont la tCte chaude...
MEZZETIN
Oui, vraiment!
Mais chaude ou froide, que m'importe !
Tout cela m'est indifférent.
PIERROT, en fureur.
Aie : des Trembleurs.
J'ai trop été pacifique!
Crains qu'enfin je ne me pique!
Pille maître et domestique :
Mais ne viens pas jusqu'à moi.
MEZZETIN
Je ne sais d'oii vient ta rage ; Mais, parbleu ! tu n'es pas sage De m'accuser de pillage, Toi qui pilles plus que moi.
PIERROT
AïK : Le fameux Diogène.
Je saurai, double traître, Te nuire auprès du maître, En tout temps, en tous lieux :
Et pour premiers déboires, Je vais sur tes mémoires Lui faire ouvrir les yeux.
MEZZETIN
Sur mes mémoires ! Songes-tu que les tiens en sont toujours le premier article?
DE pinoN 31 ;}
Même air.
Il est temps qu'on traverse Certain petit commerce Avec le boulanger.
MEZZETIN
Crois-tu que je te passe Les tours de passe-passe Que je sais du boucher?
AlB : Vous en venez, ahl je vois bien que vous en venez.
Et cette épouse clandestine.
Qui fait mal aller la cuisine, Et chez qui tout le meilleur va : On le saura, on le saura !
Ta vieille femme le saura :
Elle le saura!
MEZZETIM.
Même air.
Et la marmite de cette autre Qui bout aux dépens de la nôtre, Penses-tu que je m'en tairai?
Je le dirai, je le dirai !
A Colombine j'en parlerai!
Je le lui dirai
J!4 LES UPÉRAS-COMIQUES
PIERROT
Air : Mordienne de vous.
Tu le lui diras ?
ilEZZETIN.
Seulement commence :
Fais le premier pas !
PIERROT
Je perds patience !
( II lui saute à la gorge. ) Tu le lui diras?
( Us se battent en disant le reste : Mezzetin s'échappe, et Pierrot couit après. )
Gibier de potence , Tu le lui diras?
(L'Ane vient.)
MEZZETIN
Viens, viens; tu verras!
L'ANE, leal.
(Il trouve ce que venait d'apporter Mezzetin, mange tout, et, avec ses pieds de devant, boit à mâme. Cette fois, c'est maftre Aliboron qui vole les deui voleurs. )
Nous ne voulions que montrer quelques parades au lecteur on le conduisant devant les tréteaux. J'ai extrait tant bien que mal quelques scènes. Ayant lu d'un bout à l'autre tous ces opéras-comiques, qu'en général on lit très-peu, j'ai découpé ce qui m'a paru pouvoir en donner du moins une rapide idée, cédant peut-être un peu trop parfois à mon propre caprice. Je serai plus sévère dans le choix de pièces qu'on trouvera à la suite de cette analyse*. — J'ai laissé de côté toutes les parodies, genre familier à Piron : ce sont choses faites pour être oubliées et qui ne se comprennent plus le lendemain. — Passé le saint, passée la fête. On ne rit plus quand on ne sait de quoi, et alors on s'ennuie et l'on bâiUe.
Une seule exception pourtant, et une dernière anecdote : Un arlequin de la Comédie italienne avait mis, en l'année 1725 ou 26, la cabriole à la mode. Le petit Thomaséin était tous les soirs redemandé dans la pièce de Timon, après la chute du rideau, pour refaire une cabriole nouvelle. C'était le trait final de la comédie. Le parterre criait : « Bis! le rideau! la cabriole! Thomassin! » Il fallait que le rideau se levât et qu'Àrlequin revint faire sa culbute. Les auteurs durent monter des pièces à cabriole exprès pour lui. Le public en exigeait une à la fin de toute représentation. Le goût s'en répandit bientôt dans toutes
1. Nous n'en donnons que deux, mais le recueil, pour être suffisamment complet et choisi, devrait offrir encore l'Antre de Trophonius, le Mariage de Motnus, Crédit eut mort, l'Enrdlemenl d'Arlequin^ le Clapeman, te Fàcheus Veuvage. (Celui-ci fut joué trois joivrs de suite à l'Opéra, les trois derniers jours de la foire, en l'année 1725 ou 26.) C'est ainsi que nous proposerions de faire un choix dans les opéras-comiques de Piron. Nous voudrions bien y joindre la Rose, mais décidément il y a trop de houlette. Mous ne sommes plus au temps de nos aïeux, oii le roman de la Rose, avec toute son allégorie minutieuse, trouvait gr&ee et faveur auprèit des plus savants conlme des pU<i galants.
les salles de spectacles; à un moment il ne fut plus question que de la cabriole d'Arlequin; chaque parterre voulut avoir la sienne ; et comme Thoraassin ne pouvait promener son talent sur toutes les scènes, il fut élu, malgré lui, professeur de cabrioles. Les comédiennes elles-mêmes, avides de gloire et de réputation, et jalouses d'un succès d'un jour, demandaient partout un rôle d'homme : elles voulaient toutes faire Arlequin, et venaient à son école prendre des leçons d'imitation. Elles le regardaient Lien et tâchaient d'apprendre son geste de mémoire; puis elles faisaient des répétitions dans le cabinet, devant la glace. Chaque artiste dramatique en ce temps-là se vit obligé d'apprendre à faire des cabrioles. — La Comédie française songea alors qu'il n'était que temps de s'élever elle-même à la hauteur du théâtre de la Foire. JEile s'étudia à faire la cabriole aussi. On lui monta pour ses débuts en ce genre l'Impromptu de la Folie, espèce de farce foraine dont Legrand était l'auteur, et dans laquelle les comédiens français parodièrent à qui mieux mieux leurs confrères des Italiens. — Un gentil lutin de la Comédie française, mademoiselle Legrand, la fille de l'auteur, réclama pour elle la batte, le masque et le costume bariolé à mille pièces d'Arlequin. Elle s'attendait bien qu'on lui demanderait la cabriole , elle ne fit pas trop attendre le public pour exécuter la sienne; aux premiers cris de cabriole! elle tourna sur elle-même, la tête en bas, les jambes en l'air et retomba sur ses pieds. Le saut s'était exécuté comme dans un éclair, aussi vite que la pensée. Le parterre était satisfait, il avait son Arlequin faisant la cabriole; on la lui redemanda tous les soirs.
Son succès fit du bruit, et la Foire, jabuse à son tour, nt voulut pas être en reste. Piron, dans le prologue de sa parodie i'Atis, introduisit la scène suivante .
LA FOIRE, ARLEQUIN, caché el dëgu'sé sons des TètemeoU de femme.
LA F 0 1 R E , Idi demande :
Et VOUS, la belle fille, quels talents avez-vous pour brille sur un théâtre?
ARLEQUIN
J'ai tout.
LA FOIRE
Mais qu'êtes- vous ordinairement dans une pièce?
ARLEQUIN
Je suis tout.
LA FOIRE.-
Mais encore, dites- moi, quels rôles y faites-vous?
ARLEQUIN
Je fais tout.
Air : Voici les Dragons qui viennent.
Je fais comme on veut, madame, La folle et le fou :
Je chante, danse, déclame) Je fais la fille, la femme,
Et l'homme itou,
£t l'homme itou.
LA FOIRE
AïK : Lere la.
J'ai tout, je suis tout, je fais tout,
Je fais l'homme et la femme itou ;
Seule elle est une troupe entière.
Lere la, lere lanière, lere la, lere lanlà.
ART.EQUIN
Ne VOUS moquez pas ; mettez-moi seulement à l'épreuVe.
Air : Me promenant un matin, etc.
J'ai le jeu vif et badin :
Je joins l'art à la nature;
Turelure,
Turelure !
Je suis un petit lutin, Latu, latin, tintin, terelintintin !
Et très-fertile en posture ;
Turelure,
Turelure !
Et lonlania, je veux enfin, Je veux faire votre Arlequin.
LA FOIBB,
Vous, mademoiselle? Une fille, en habits d'Arlequin!
ARLEQUIN
OÙ est la difficulté ? J'en serai quitte pour attacher ma ceinture un pied plus bas.
DE PIRON 3i9
LA FOIRE
AïK : de Robin lurelvre.
Sous ce vêtement bouffon, Pour le coup je serai sûre De la vertu d'un tendron,
'i'urelure, D'en bas jusqu'à la ceinture, Robin turelure, lure.
Quoi, mademoiselle, vous prendriez les tons d'un Arlequin? vous auriez son geste? vous feriez sa grimace? vous!
ARLEQUIN
Air : Du haut en boi.
Je la ferai.
Reposez-vous sur ma parole ;
Je la ferai.
Et, de plus, j'y réussirai. -
LA FOIRE
Mais à la fin de votre rôle, Si l'on criait : la cabriole?
ARLEQUIN, faisant la cabriole.
Je la ferai
Tenez, la voilà ; qu'à cela ne tienne : mille pour une. Nous sommes bien à une cabriole près , nous autres comédiennes.
Air : La bonne aventure, o gurf.
Dans les troupes d'histrions,
Fille qui s'enrôle A déjà pris des leçons Et fait galment, sans façons,
Une cabriole, Ogué;
Une cabriole.
(Il s'en Ta, en faisant encore une cabriole.)
Et c'est aussi la meilleure manière de finir une analyse du théâtre de Pirou.
Jules Troubat.