ACTE l, SCÈNE I
es-tu contente? Reçois de moi ces dernières marques d'une tendresse vraiment conjugale. Adieu. Ma foi, disons vrai : il n'est que le veuvage pour rapprocher les cœurs de deux époux... Çà, çà, c'est trop lamenté ! Il est temps de songer à nous : mangeons un peu. J'ai sauvé mon bissac, et j'ai assez fatigué pour avoir de l'appétit, (ii ouvre son bissac.) Voici un bon gigot froid, un dindon de la bonne faiseuse, un jambon de vingt-huit livres, deux langues et une petite bouteille de demi-setier. C'est encore là un dernier tour de ma chienne de femme, qui n'avait d'autre injure que de ra'appeler sac-à-vin. Eh bien, je ferai comme ont fait tous les autres, mais avec modération : je boirai de l'eau; voilà des fontaines à mon service. Dînons, (il mange goiiiùmeni.) Pian pittuo, Qulu mia! N'allons pas si vite. U n'est plus ici question de retourner au marché. Ceci avalé, 011 en ravoir ? Parbleu, où je pourrai ! Digérons, c'est mon affaire ; et quand il n'y aura plus rien.
C'est au Ciel à me secourir :
Je lui laisse le soiu de conserver ma vie; Il ne m'a pas sauvé pour me laisser périr...
Mais je crois que je versifie.
Je m'en suis aperçu déjà une ou deux fois. J'ai pourtant toute ma vie été assez raisonnable. Que diable ceci veut-il dire? sur quelle herbe esc-ce que je marche donc? Et quel air est-ce qu'on respire ici? Tâchons de reconnaître où nous sommes. Cela est drôle! (ii regarde à droite et à gauche.) Je m'orientc. Ah! par la ventrehleu, me voilà bien tombé! Miséricorde! Oui.-, oui... j'y suis!... Voilà la double colline : voici le temple de Thémis!
Ah, ah ! je ne m'étonne plus si je rime ! Hoimé ' gare la famine ! Je suis sur le Parnasse ! Je suis' tout au sommet ! Il y fait diablement sec! En récompense^ il fera cette année bien crotté dans le vallon. Laissons cela : nous y regarderons tantôt de plus près. Au solide! au solide! mon demi-setier ! (ii l'avaie.) En tout autre temps^ j'aurais bien craint ici les écornilleurs.